Apologie de la Déraison (9)

•28 juin, 2009 • Laisser un commentaire

- On ne peut pas juger les gens à voix haute avec droiture. Cela choque le sens moral.
Pour être dans les règles, il vaut mieux hurler ses reproches quand l’intéressé est absent. C’est ce que les hommes ont appelé “honnêteté”.

- Nous ne sommes que les victimes de notre propre subjectivité.

- Ils condamnent à tort et à travers, sans réflexion. Leur folie n’est pas mienne, mais je me refuse à rejoindre le silence des lâches.

- Veux-tu savoir comment stériliser la masse ? En leur enseignant à tous que pour être un grand homme il faut penser différemment, et faire en sorte que tous reçoivent cet enseignement de la même façon.

- Est-ce qu’à Camus aussi, on lui reprochait de trop penser ? ou bien est-ce uniquement notre modernité qui est devenue paresseuse au point de considérer la réflexion comme une adversaire ?

Parlons sexe

•12 juin, 2009 • Un commentaire

Un personnage, mine de rien, ça baise… ou ça fait l’amour, c’est selon. Chacun avec sa personnalité propre et son identité unique, jusque dans l’acte lui-même.

En bons pervers polymorphes qui se respectent, pour raconter un récit, il faut que derrière nos feuilles noircies qui s’accumulent, nous plongeions avec eux dans leurs contacts intimes, que la fiction qui se met en place dans nos synapses paraissent une réalité possible.

Avec les scènes d’affrontement (physique ou verbal) et le final du récit (qui est souvent l’occasion de plonger dans un état second et assez jouissif le long des dernières lignes), le sexe est une partie de la création que j’aime.
Pas parce que je mets parfois en scène des personnes réelles ; la fiction ne me sert pas de compensateur (pas à ce niveau du moins), non, plutôt parce que ce type de passage permet de tester la mentalité du personnage.

En l’exposant dans sa nudité face à un autre personnage (ou plus si affinités), cela permet de voir si leur rencontre est justifiée. Si la mentalité qui s’érige au fil des pages lors des phases de doute, dans des confrontations, ou dans l’exposition de réflexions, a en effet une suite logique jusque dans l’intimité, jusque dans la rencontre de deux corps.

La clé de voûte du récit réside dans les personnages. S’il s’avère soudain qu’ils n’ont pas une similitude suffisament poussée pour tenir debout, tout s’écroule.
Le constat est sans appel : si le rapport qui s’érige entre eux est indécis, hésitant, c’est soit que le profil du personnage n’est pas suffisamment précis, soit que l’un des deux n’a pas sa place ici. De la même façon que le héros ne va pas partir en courant face à son éternel rival lors de la confrontation qu’il a attendu de si nombreuses pages, les deux êtres ne peuvent pas se regarder l’un l’autre sans savoir quoi faire. Il faut un dominant, un dominé, un rapport d’égal à égal, une sensualité, un érotisme, un rapport direct, un sentiment amoureux, un acte purement physique… Et ce qui se met en place entre les deux corps doit être une continuité logique de ce qu’ils ont été pour le lecteur jusque là.

Certains de mes personnages existent dans différents récits. Leurs noms varient, ou bien leur statut, et bien entendu les rencontres qu’ils font. J’ai toujours été intrigué de constater qu’avant même que je ne le réalise de façon consciente, les mêmes schémas se mettent en place, malgré la transposition dans un autre univers.
Que tel personnage aura toujours une sexualité similaire – en plus bien sûr de l’image renvoyée en général -, qu’il ou elle aura les mêmes vices (une tueuse en série dans une histoire devient sorcière ailleurs ou encore mercenaire, toujours aussi dominante, dépourvue de tabou, et régulièrement à tendance nécrophile… l’univers change, pas le personnage, qui se contente d’une simple adaptation).

A mon sens (…et traitez moi de freudien si vous voulez !), la façon dont les protagonistes ont un rapport sexuel est tout aussi important que leur point de rupture, là où ils s’écrouleront à coup sûr si la narration les y amène. Dans les deux cas, ils offrent leurs retranchements, et ils chutent dans une vérité complète. Ils montrent ce qu’ils sont, ni plus ni moins.
Et c’est là, si la machinerie grince, que l’alarme se déclenche et que les pages sont à réécrire. Deux personnages ne feront jamais l’amour de la même manière, de même qu’ils ne tueront pas avec les mêmes scrupules, qu’ils ne sacrifieront pas leurs idéaux aux mêmes conditions, ou qu’ils n’auront pas les mêmes remords pour des actes similaires.
La vérité de la narration, elle est là, disséminée dans tous ces instants.

Memories of Middle East

•7 juin, 2009 • Laisser un commentaire

Bucolisme (5)

•19 mai, 2009 • 2 commentaires

Il a claqué dans ses doigts pour réclamer la suivante, et j’ai suivi le mouvement. Pour l’avance qu’il avait, je ne risquais plus de le rattraper.

« Mais, vous avez du génie !

- Et voilà, c’est parti. Tu vas me faire quoi, là ? Me faire chier avec la profondeur de mes textes ?

- Non, mais…

- Y a pas de “mais”. Les littérateurs qui finissent par te faire dire des choses que t’as même pas été foutu de penser, je peux pas blairer ça. Va pas t’aviser de me dresser une stèle à la con pour te pavaner en tutu autour en poussant des incantations. Je suis pas là pour ça. Tu veux qu’on cause bouquins ? Prend les lignes, lis-les, garde-les pour toi. C’est tout. Moi je me branle, toi tu jouis. C’est le processus. Je te lâche pas ça pour que ça sonne juste ; c’est la putain de vérité dans ce qu’elle a de plus élémentaire. Si tu saisis ça, t’as plus rien à comprendre à la littérature. C’est pour ça que tous ces connards qui font de l’explication de pages sont des connards, mais ça, je l’ai déjà dit. Ils veulent comprendre, mais y a rien à comprendre, niet, zéro. Leurs pages à eux, elles sont blanches et elles vont le rester. »

Charles a gratouillé son ventre en froissant sa chemise sur laquelle les bières avaient laissé des souvenirs. Il a sifflé le deuxième tiers de sa bouteille et s’est roulé une nouvelle cigarette en se raclant la gorge. Les plis sous ses yeux finissaient de réduire ses orbites à des lignes droites, ses joues se sont creusées tandis que ses dents apparaissaient, sa mâchoire reluisante d’un reste de bave mal pompé.

Il lui a fallu deux tentatives pour que sa clope finisse par s’embraser et que de la fumée ressorte de sa bouche toujours taillée d’un sourire à la fois monstrueux et chaleureux. Ses épaules flanchaient lentement alors que son coude semblait chercher dans le vide un accoudoir inexistant, et peu à peu son corps s’inclinait vers le sol.

La densité âcre du tabac renvoyait l’odeur plus humide d’alcool et de sueur au second plan. Charly a continué de cracher ses volutes en silence. Sa main faisait des va-et-vient ininterrompus vers ses lèvres, et la cigarette se réduisait à chaque mouvement. Des cendres ont tapissé le zinc, s’éparpillant autour du cendrier qu’il n’arrivait plus à viser correctement.

Charles s’est esclaffé.

« T’en penses quoi du monde ?

- J’en sais rien.

- Ca, t’as foutument raison. Y a rien à en penser. Regarde autour. Ca vaut pas la peine de perdre son temps. Suffit de laisser tourner cette planète, et de savoir quoi retourner soi-même. »

Le juke-box a fini de changer de disque et les premières notes de guitare ont résonné dans le bar. Charly a levé au ciel ses yeux, ou ce qui en restait de discernable.

« Ce truc existait déjà une décennie avant que tu sois expulsé de l’intérieur douillet de ta vieille. T’imagine pas à quel point j’en ai ras la gueule d’entendre toujours cet air-là. Pas foutu de se renouveler, et toujours autant de types pour trouver ça grandiose. C’est ça, le monde. Tu leur files à bouffer ce qu’ils bouffent tous les jours, et personne est assez malin pour trouver ça dégueulasse. »

Charles a fini sa bouteille et il a tangué jusqu’aux pressions. Sa dérive s’est arrêtée quand il a percuté le comptoir. Il a chopé un verre et a appuyé sur la manette en répandant la moitié de la bière à côté. Sa pogne était aussi imbibée que son verre, mais il s’était débrouillé pour le remplir malgré tout. Le tenancier n’a pas bougé ; il se contentait d’avoir les pupilles deux fois plus dilatées, fixant Buko avec une centrale électrique en train de crépiter sous chaque paupière.

Charly s’est retourné, adossé au comptoir. Il a levé son verre en faisant goutter quelques centilitres, et il a bombé le torse pour atténuer sa bidasse.

« Dans la vie faut être nombriliste ! Bouffer, boire et fumer, tant que ça t’empêche pas de baiser ! Et ici je suis entouré d’épicuriens : ils ont tout pigé, hein les gars ? A la vôtre ! »

Dix secondes d’équilibrisme avec son verre, et le vide qui suintait vaguement la mousse entre les deux parois transparentes. Il s’est remis face au zinc, sa trogne s’est affaissée avec le dénivelé de sa mâchoire.

Et le grand Charles de se resservir une rasade, et de la descendre.

« Tu vois, gamin, à ce prix-là, je me dis que ce putain d’enfer, il a un goût de paradis. »

Bucolisme (4)

•18 mai, 2009 • Laisser un commentaire

Un autre mec est entré pendant que le juke-box chargeait une série d’accords tout aussi rétro que les précédents. A ce rythme-là, c’était plutôt du désaccord. Le type qui venait de faire son entrée a regardé autour de lui, il s’est dirigé droit sur nous et il s’est collé contre le zinc en tapant dans l’épaule de Charles.

« Alors, Buk, ça roule comme tu veux ? »

Charles s’est soulevé un coup, ses épaules sont reparties en arrière et ses dessous de bras en ont profité pour retaper la senteur environnante. Il a laissé échapper un bref ricanement puis s’est allumé une cigarette d’un air je-m’en-foutiste au possible.

« Ca traînasse ouais. Faudrait le clapotement de la machine à écrire là, tu sens pas ? Entre deux décuvages, réorganiser le bordel sous mon crâne ; vider en cuvant, c’est tout le principe.

- Tu devrais te revoir en philosophe, Bukowski. C’est profond ce que tu racontes.

- J’emmerde les philosophes. Et je connais qu’un seul truc de profond, mais c’est pas la philosophie. A bien y réfléchir, j’en connais même deux, mais y en a un que je préfère. Et je suis pas un fumier de philosophe. Le monde, je le pense pas. Le monde, je le sens tu vois, je le bois, je le baise. Et il me le rend bien au passage. »

Sa voix s’était faite raclante, avec un léger accent traînant que l’alcool ne faisait qu’amplifier.

Le type saoul qui se tenait à ma droite était Bukowski.

Charles Bukowski.

J’ai descendu le reste de ma pinte pendant qu’il déblatérait avec le nouveau venu en accommodant son discours de quelques grossièretés bien senties. L’autre type a quitté les lieux comme il était venu. Bukowski a roté, et il a fini par piger que j’étais parti à l’ouest.

« Qu’est-ce tu me fous, gamin ? Déjà trop bu ?

- Non, je viens de réaliser.

- T’as réalisé quoi dis-moi ? Parce qu’à voir l’état dans lequel ça te laisse, ça a tout l’air d’être essentiel comme truc. Du genre comment les putes font pour t’y faire croire à chaque fois, même lorsque t’en arrives à la centième.

- Vous êtes Bukowski.

- Bordel de merde, quand tu t’es enfourché sur ce fauteuil, je t’ai peut-être dit de me prendre de haut ? Ca t’as pas suffi de me traiter de lettré, gamin, tu te mets à m’insulter maintenant ? Moi c’est Charly. »

Bucolisme (3)

•17 mai, 2009 • Laisser un commentaire

« Donc je retourne chez moi pour faire de la culbute. On a commencé à grimper de partout quand tout à coup l’officielle rapplique, bras dessus bras dessous avec une nana. “Mon compensatif” qu’elle me sort. Sauf qu’elle avait pas prévu que mon compensatif à moi il était déjà en action depuis un bon quart d’heure. Alors on a fêté ça tous les quatre dans la jouissance et la bonne humeur. Tout ça pour dire que la féminité, j’ai jamais su manier ça avec délicatesse, pas faute d’avoir essayer, mais pas assez rentable à long terme. Moins que la binouse en tout cas. »

Charles a fait résonner un coup sa bouteille à moitié vide avant de l’effleurer avec une pointe de tendresse. Il a refermé son poing dessus et il a assimilé d’une traite le reste de liquide. La bière a atterri sur le bar dans les trois secondes qui avaient suivi son décollage, les passagers en moins.

« Gamin, ce truc-là, c’est pas comme une femme. Ce truc-là, jamais ça te déçoit. Je vais même te dire ; y aurait pas eu la femme, on aurait pas eu besoin de l’inventer. Parole de soulographe ! »

Les trois kilos de sa pogne se sont écrasés sur mon omoplate, manquant de me faire recracher les derniers centilitres ingurgités. Il m’a secoué deux secondes, et en même temps qu’il rabattait son bras, il a envoyé jarreter la bouteille qui s’est fracassée sur le mur du bar. Le tenancier a rappliqué en deux-deux, pas très convaincu par l’agilité de Charly. Il commençait à pousser une gueulante quand Charles a levé les fissures cutanées qui lui faisaient office de main gauche pour s’interposer entre lui et le barman.

« Minute camarade, pourquoi tu t’enflammes ? Regarde, je suis un bon client. T’es un des taverniers les moins dégourdis que j’ai jamais croisé, pourtant ça fait déjà une demi-heure que ton tabouret continue de s’enfoncer entre mes deux fesses, et ça prouve que je t’aime bien. Parce que, tu vois, si la qualité de la mixture que tu nous fourgues là était à l’égal de la rapidité de ton service, ça ferait longtemps que je me serrai barré. Alors pour le coup, tu vas faire ce que tu fais encore le mieux, tu vas nous noyer dans l’oubli, fermer ta gueule, et me resservir une bibine. »

Le barman s’est mis à maugréer en essuyant rageusement le comptoir. Et puis il a filé sa bière à Charles. Le sens des réalités, ou celui des affaires…

Bucolisme (2)

•16 mai, 2009 • Laisser un commentaire

J’ai siroté mon verre tranquillement tandis que lui lapait ça à grands renforts de bruits gutturaux. L’affaire d’une minute, vidée. Et en avant pour « Une autre ! » en tapant du plat de la main sur le comptoir. Sa langue a claqué contre son palais dans un bruit sourd et humide, ses joues frémissant dans le mouvement en rehaussant son profil de primate. Il a raclé sa gorge et a fourré de tabac une nouvelle clope.

« Les gonzesses, quelle saloperie hein ? J’vais te dire gamin, samedi dernier je me suis tellement pinté, y a plus rien qui sortait de mon calebar. Ca avait beau s’agiter dans tous les sens, ça restait fichtrement mou. Et v’là pas que la mienne rapplique en tirant la tronche, elle se met à gueuler et tout, que je suis pas foutu de la satisfaire ou je sais pas quelle connerie. Bref, elle se met à ensevelir mon Curriculum Sexus sous les reproches, et voilà qu’elle se fout à poil et qu’elle se retapisse l’intérieur. Là, comme ça, devant moi, direct. J’lui ai bien glissé ma main au cul, rien à faire. Sens interdit sur sa gueule : pas touche. J’ai regardé faute de pouvoir faire plus. Et elle qui continue de m’injurier  pendant ce temps-là, avec ces petits cris qui prennent doucement le dessus. “Arrête, je lui dis en tapant sur ma bidasse, tu vas me faire avoir des grossesses nerveuses !” Rien à faire, elle continue ses trémoussements en solo, youpi que je t’agite la machinerie. “Merde ! Tu veux vraiment être le père ?” Ca l’a vexée, elle s’est taillée en claquant la porte. Je me suis glissé la fin de whisky qui traînait dans un placard et j’ai accouché sur le papier de quelques crachats noirs.

- Vous écrivez ?

- Eh, m’insulte pas avec tes grands mots non plus, tu veux ? Je prends une page, j’y fous quelques lettres et ça plaît à certains gars. Tant mieux pour eux j’ai envie de dire. Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse à moi ? J’vais pas me gratter avec non plus, lâcha-t-il en accompagnant ses mots avec le geste. Bref… Je vide mon encrier, et voilà que ça reprend du service par en dessous. Va savoir si c’est l’écriture ou la vinasse en chute, toujours est-il que le Popol il est soudain partant pour se réengager dans l’armée, faire le défilé et tirer avec son gros fusil. Ni une ni deux, j’ai levé mon derrière et je suis allé reluquer ceux qui étaient en promo dans la rue – c’est pas tant le problème de trouer hein, mais le budget c’est sacré. »

Il a marqué une pose, s’est enfilé une lampée de plus dans le gosier avant de laisser un sourire benêt se balader sur sa face. J’en ai profité pour attraper le barman et me refaire aussi une descente. Le type a gratté sa barbe un instant, et il a fourragé dans ses cheveux hirsutes avec ses doigts.

Bucolisme (1)

•16 mai, 2009 • Laisser un commentaire

[Nouvelle en cours d'écriture, voilà toujours le début - à peine le premier quart -]

Un mélange d’urine, de tabac et de bière ; ça m’a assailli quand je suis rentré dans le bar. J’ai poussé la porte sans conviction, et l’odeur s’est imposée. J’ai fait quelques pas. Le juke-box rouillé lancinait un air passé de mode, depuis longtemps passé à l’anachronisme incontestable.

Je me suis pointé au bar et je me suis callé sur un tabouret contre le comptoir. Le bois exhalait la bière par ses éraflures imbibées et il avait un quelque chose de suintant au toucher, la rançon de trop nombreuses années de service, à moisir entre les crachats des ivrognes et les éclaboussures quotidiennes.

« J’vous mets quoi ?

- Une pinte. »

Le barman a reniflé un coup avant de jeter un dessous de verre avec un geste d’automatisme routinier. Un type à côté de moi a attrapé sa bouteille et l’a vidé d’une traite sans même virer la clope coincée entre ses lèvres. Il a balancé « Une autre ! » à la volée avant de lâcher un rot capiteux. Ou capricieux. Un peu des deux sans doute.

La cinquantaine bien affirmée, une barbe mal taillée qui hésitait entre le gris et le blanc, et des crevasses qui devaient rallonger la superficie de son visage d’un bon mètre carré. Sa peau suait par tous les pores et sa chemise blanchâtre finissait par coller à son corps, auréolée sous les aisselles et affirmant son bide de façon débonnaire. Il a flairé que je le reluquais et a fini de tirer sur sa roulée. Un « putain » plus tard et ce qui restait de sa cigarette éparpillée dans le cendrier ébréché, il m’a toisé d’un regard.

« Moi c’est Charly.

- Comme dans Papa Tango ?

- Putain, elle est éculée celle-là. Tellement foutrement éculée que ça finit par me foutre la haine, comme dans “enculé”. Tu vois le genre ? »

Je me suis marré. Le mec avait lancé ça comme un avertissement amical, rien d’agressif, simple camaraderie de bar. Il m’a tendu une paluche deux fois épaisse comme la mienne, on s’est serré la pince, et le barman s’est pointé avec de quoi nous remplir la panse et les veines. Ca frétillait encore la mousse et les bulles de partout.

William Blake : point final

•9 mai, 2009 • Laisser un commentaire

L’Amérique (trad. Pierre Leyris)

Annotations à l’Oraison dominicale du Dr Thornton* (Leyris)

Annotations à Siris de Berkeley* (trad. Pierre Leyris)

Un chant de liberté (trad. Pierre Leyris)

Le chant de Los (trad. Pierre Leyris)

Chants d’Innocence et d’Expérience (trad. Pierre Leyris)

Chants de l’Innocence et de l’Expérience (trad. Alain Suied)

Deux traités sur la religion (trad. Pierre Leyris)

Epigrammes, vers et fragments 1808-1811 (trad. Pierre Leyris)

Esquisses poétiques (trad. Pierre Leyris)

L’Europe (trad. Pierre Leyris)

Evangile à jamais (trad. Pierre Leyris)

L’Evangile éternel (trad. Alain Suied)

Le fantôme d’Abel (trad. Pierre Leyris)

Une Ile de la Lune (trad. Pierre Leyris)

Jérusalem (trad. Pierre Leyris)

Le Laocoön (trad. Pierre Leyris)

Lettres* (trad. Pierre Leyris)

Le livre d’Ahania (trad. Pierre Leyris)

Le livre d’Urizen (trad. Pierre Leyris)

Le livre de Los (trad. Pierre Leyris)

Le livre de Thel (trad. Alain Suied)

Le livre de Thel (trad. Pierre Leyris)

Le mariage du Ciel et de l’Enfer (trad. Alain Suied)

Le mariage du Ciel et de l’Enfer (trad. André Gide)

Le mariage du Ciel et de l’Enfer (trad. Pierre Leyris)

Milton (trad. Pierre Leyris)

Poèmes du manuscrit Pickering

Poèmes et fragments du note-book 1792-93 (trad. Pierre Leyris)

Poèmes et fragments du note-book 1800-03 (trad. Pierre Leyris)

Poèmes tirés des lettres et d’un livre offert (trad. Pierre Leyris)

Pour les deux sexes : Les portes du Paradis (trad. Pierre Leyris)

La Révolution française (traduction Pierre Leyris)

Songs of Innocence and Experience

Tiriel (trad. Pierre Leyris)

Vala ou les quatre vivants (trad. Jacques Blondel)

Une Vision du Jugement Dernier (trad. Pierre Leyris)

Visions des filles d’Albion (trad. Pierre Leyris)

william_blake_by_thomas_phillips

Trente huit textes allant de la simple double page jusqu’au pavé obscur de 300 et quelques feuilles. Six volumes pour contenir l’intégralité (pour ce qui est de la traduction de Leyris/Blondel), quatre traducteurs pour jusqu’à trois versions différentes d’un seul et même texte.

Sans compter les mentions faites par Sting (Borken Music), Camus (L’homme révolté), Amigorena (Le premier amour) deux analyses de textes/gravures, et j’en passe.

Voilà pour Blake. Si je ne l’ai pas intégralement lu dans la version originale (loin de là, heureusement !), la version française de celui-ci n’a plus de mystères. Je ne pourrai plus jamais découvrir William Blake, uniquement le redécouvrir. Le constat est amer.

Je pensais finir de lire Albert Camus avant de refermer Blake, le hasard en a voulu autrement. Encore tant de pages à parcourir pourtant, ailleurs…

Je rappelle au passage qu’il y a une exposition consacrée à William Blake au Petit Palais jusqu’en juin de cette année. Avis à ceux qui me connaissent, je me propose pour servir de guide (mais si ça continue je demandrai à être rétribué eheh ! déjà deux visiteuses qui ont bénéficié de mes quelques connaissances, mais je ne vais pas payer à chaque visite non plus si ça continue comme ça !).

Confession

•7 mai, 2009 • Laisser un commentaire

Je pense à ces milliers de mots que je pourrais construire sur l’histoire qui continue. Et moi, moi qui suis toujours là. Peut-être le début d’une histoire, peut-être sa fin. Une de plus, que je n’écrirai pas.

Futilité. Inutilité. Absence ? Nécessité… Toutes ces choses sont avec moi, jouent à l’intérieur de moi. Je cherche cette petite voix, ma schizophrénie provisoire et ambivalente. Et puis non.

Non. Il n’y a rien que le silence. Et les mots ne peuvent pas être silencieux. Les mots forment des phrases, les phrases forment des lignes qui à leur tour se continuent en paragraphes. Au final c’est un texte qui naît. On ne peut pas laisser le vide dans l’espace. L’espace doit être comblé.

Au point même que cela devient regrettable. Il y a plus de vertu dans les pages blanches qu’il n’y en aura jamais dans toutes celles qui ont été écrites. Mais il est trop dur de considérer le vide. Il est plus simple de contempler ce qui remplit, ce qui dit, et non ce qui est.

J’ai peur.

L. T. 26/04/09