Lignes d’obscurité (1) – Blake

Toujours la nuit. Cette même nuit qui, nous livrant à la cécité du regard, ouvre pourtant les horizons de l’esprit. Noir émancipateur, temps des réflexions, des retrouvailles avec soi-même, obscurité propre à l’étreinte ou à l’effleurement d’une quelconque vérité jusque là invisible… L’occasion d’avancer un peu plus loin.

En l’occurence, une nouvelle catégorie que j’inaugure ici avec William Blake – à qui, je le rappelle, le site doit son nom de Vala -, une catégorie pour explorer quelques lignes, une page ou deux à l’occasion, le temps de s’arrêter sur ce que ces phrases conduisent avec elles, ce qu’elles offrent dans l’instant où elles ont sû arrêter notre regard, attarder notre lecture.

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Enfants de l’Avenir
Qui lirez ces pages indignées,
Sachez qu’en un temps ancien
L’Amour ! le doux Amour ! semblait un crime.

Ainsi s’ouvre “Une petite fille perdue” dans les Chants d’Expérience de Blake.

Et si c’est l’appel au Tigre que les lecteurs ont retenu des poèmes de Blake (“Tigre ! Tigre ! ton éclair luit / Dans les forêts de la nuit, / Quelle main, quel oeil immortels / Purent fabriquer ton effrayante symétrie”), ces quelques lignes pourtant ne sont pas sans résonnance. Peut-être même en ont-elles plus.

Blake se prête à l’exercice de prophète, quelques décennies avant le prophête Nietzschéen ou l’appel au lecteur de Baudelaire (“Hypocryte lecteur, mon semblable, mon frère !”). Mais plutôt que de sombrer dans la mélancolie ou la destruction, c’est un appel à des réjouissances futures, teintées de la nostalgie sombre des jours anciens.

Prophète, le poète anglais l’est en effet. Il se fait le précurseur des destructeurs futurs de la Morale, celle-là même qui fait de l’amour un crime en son temps. Nul accusé, mais les mots laissent sous-jacente la pensée Blakienne : la Jérusalem céleste, celle de la rencontre charnelle, n’est pas celle de la prêtrise anglicane. L’homme l’a pourtant à portée de main, dans l’amour de ses pairs, un amour violent – il ne saurait en être autrement avec Blake, le compromis n’est pas de mise.

Non pas que Blake soit laïque, mais à l’égal de Milton qu’il vénère sans mesure, Blake se veut mystique, “un Vrai Poète et du parti du Diable sans le savoir”. Milton faisait s’accoupler Adam et Eve dans l’Innocence du jardin d’Eden ; Blake, plus terrestre dans la naissance du Verbe, élève celui-ci, à mesure, vers le dépassement. Le lecteur l’accompagne dans le périple, souhaitons qu’il s’élève lui aussi.

ancientofdaysWilliam Blake, Ancient of Days

~ par zegatt le 21 janvier, 2009.

3 réponses to “Lignes d’obscurité (1) – Blake”

  1. Je ne connais pas William Blake. Enfin, de nom et vite fait. Je viens ici remonter ma culture G =^.^=

  2. S’il ne doit y avoir qu’un seul et unique poète, c’est William Blake.
    Baudelaire ne vient qu’après, loin derrière. Suivi par Milton sans doute ou Dante.
    Mais Blake a une majesté, une force, une beauté, une grandeur, un ésotérisme obscur et érotique, une sensualité qui dépassent l’entendement tangible.
    A ce titre, “Vala ou les quatre vivants” est d’une violence, d’une somptuosité grandiose. Parfaitement incompréhensible à la première lecture (qu’il faut faire à voix haute, dans un état second), juste vivant et sensible.

  3. bonjour,
    je suis musicien-chanteur et travail actuellement sur mon prochain disque qui sera consacré à William Blake.
    Je n’en suis qu’aux maquettes. vous pouvez écouter un ou deux titre : http://www.wat.tv/audio/02-innocence-1jss3_9n9q_.html
    Je chante depuis longtemps ( 40 ans !!) et de culture rock souvent en anglais, mais maitrise trés mal la langue.
    S’il y a des gens intéressés par ce projet et pouvant m’apporter une aide dans la traductuin et l’interprètation des textes……..
    Il y a une quinzaine de chansons, je peux donner un lien pour les écouter.
    sur mon précedent disque, il y avait déjà deux poèmes de W. Blake : http://www.lezarts.info/?page=102
    merci
    fernand

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