Une prise en passant (254)

•11 octobre, 2018 • Laisser un commentaire

Paris, France, 1 juillet 2018

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Je fais un « Blake out » – quand France 2 raconte n’importe quoi

•30 septembre, 2018 • Laisser un commentaire

France 2 diffuse de façon régulière l’émission « D’art d’art » depuis un peu plus de quinze ans. Dans celle-ci, en à peine plus d’une minute, une œuvre d’art est présentée. Aujourd’hui, le 30 septembre 2018, l’émission s’ouvre sur The ghost of a flea (Le fantôme d’une puce), peinture réalisée par William Blake en 1819-1820.

Il s’agit d’une des œuvres les plus connues de Blake – loin d’être l’une des plus belles (on préfèrera ses peintures du Dragon rouge, ou The Ancient of days par exemple), la fameuse puce s’accompagne d’une anecdote qui voudrait que Blake ait eu l’une de ses visions qu’il ait alors représentée. Cette histoire fut rapportée par John Varley et, comme pour de nombreuses visions de Blake, rien n’atteste qu’il s’agisse de visions véritables, n’en déplaise à Aldous Huxley qui ira jusqu’à consommer de la mescaline pour tenter d’avoir des visions similaires à celles supposées du peintre anglais.

Huxley en tirera en 1954 son texte Les Portes de la perception, au titre inspiré par un poème de Blake. Jim Morrison lira d’ailleurs Huxley une dizaine d’années plus tard et trouvera ainsi le nom de son groupe de rock, un groupe resté dans l’histoire : « The Doors ».

The ghost of a flea

Retour à France 2, quelques cinquante ans plus loin, avec l’émission présentée par Adèle Van Reeth depuis le départ de Frédéric Taddeï. « William Blake est un grand poète anglais, mais c’était aussi un peintre singulier ». Le tableau de la puce glisse, apparaît en arrière-plan avec deux autres peintures et une photo de William Blake. Celui-ci, lorsqu’il peint The ghost of a flea, a « plus de soixante ans » rappelle Adèle Van Reeth – l’artiste étant né le 28 novembre 1757.

Elle aligne ensuite une série d’anecdotes à propos de Blake car « ses contemporains pensaient qu’il était fou ». La présentatrice parle de ses visions, sans jamais les remettre en cause, Dieu à 4 ans, Ézéchiel, des anges, et autres rencontres mystiques jusqu’à son frère décédé Robert et Saint Joseph qui « lui transmit le secret de l’enluminure à l’aquarelle ».

Le problème, c’est que William Blake est digne d’un Lautréamont anglais. C’est un artiste démesuré à propos duquel certains de ses proches et de nombreux biographes ont pu tout dire, tout embellir, tout inventer. Aucune biographie de Blake n’est véritablement fiable, et encore moins la plupart des travaux français remplis d’approximations et d’hypothèses délirantes.

Pour suivre William Blake dans son univers, mais également au-delà, à travers les artistes qui se sont inspiré de son œuvre – poèmes et images – il faudrait plus d’une vie.

The Great Red Dragon and the Woman clothed in Sun

Tous, vous avez déjà rencontré Blake à de multiples reprises, sans probablement le reconnaître, sans que vous ne preniez le temps de retenir son nom. Lorsque vous écoutez The Doors, Patti Smith, Bruce Dickinson ou Sting, lorsque vous lisez Les Portes de la perception d’Aldous Huxley, Métamorphoses de l’âme et ses symboles de Carl Gustav Jung, L’homme révolté d’Albert Camus, L’Innocence de Tracy Chevalier, la trilogie A la croisée des mondes de Philip Pullman ou Dragon rouge de Thomas Harris, lorsque vous regardez Dead Man de Jim Jarmusch, Blade Runner de Ridley Scott, PS I love you de Richard LaGravenese, Shutter Island de Martin Scorsese ou Le sixième sens de Michael Mann, vous avez affaire à William Blake. La liste pourrait facilement s’allonger d’une cinquantaine de référence, probablement de plusieurs centaines.

Chacun d’entre eux a évoqué de façon subreptice ou précise Blake, érigeant un portrait éphémère, fugace et surtout variable de l’artiste. Les anecdotes se multiplient, des souvenirs hérités de fictions, des réalités égarées au cours des décennies. William Blake se transforme ainsi en révolutionnaire prêt à tuer la famille royale britannique, en mystique kabbaliste parlant et écrivant l’hébreu, en franc-maçon assez obscur, en fou délirant entouré de fantômes, ou encore en nudiste lorsqu’il se prend pour Adam et Eve en compagnie de sa femme. Et ce n’est là qu’un bref aperçu de ce qui a pu être écrit sur Blake. Dans la plupart des cas, sans fondement.

Ainsi, lorsque la présentatrice Adèle Van Reeth parle du secret d’enluminure à l’aquarelle, la majorité des récits qui accordent du crédit à une révélation mystique rapportent pour leur part que c’est le frère décédé de Blake qui lui aurait transmis cette méthode et non Saint Joseph.

Pire, lorsqu’elle rapporte une gifle de la mère du peintre poète suite à une vision d’Ézéchiel, et surtout des menaces de fouet de son père après avoir vu un arbre chargé d’anges, Adèle Van Reeth se base sur la biographie de William Blake par Alexander Gilchrist. Alexander Gilchrist, qui est mort en 1861 et né… un an après la mort de Blake !

Au même titre que Gilbert Keith Chesterton qui publia en 1909 un William Blake bourré d’approximations et d’interprétations hâtives, il est probable que le travail de Gilchrist ne soit pas fiable et fasse la part belle à l’imagination de son auteur. A partir de là, les histoires improbables et témoignages falsifiés ont eux aussi suivi leur route et, lorsque dans le cas de l’émission de France 2 par exemple, ce sont des coups de fouet qui sont évoqués, ailleurs ce sont des coups de ceinture. Point de détail bien sûr, mais révélateur du micmac blakien. Et lorsque plus loin la présentatrice dit que « ses parents évitèrent de le scolariser », Kathleen Raine notamment (dans World of Art : William Blake) mentionne pour sa part une scolarisation jusqu’à dix ans, puis de façon certaine une école de dessin.

William Blake par Thomas Phillips

Mais là où cet épisode de « D’art d’art » devient tout bonnement grotesque et loufoque, c’est avec la fameuse photo de William Blake. Il existe quelques portraits de Blake, le plus célèbre, signé par Thomas Phillips en 1807, présente un Blake rêveur, plume à la main, un visage assez rond, le crâne légèrement dégarni, les cheveux grisonnants.

La photo présentée montre un Blake dur, au regard enfiévré, les traits marqués sous les yeux et au niveau du front, une barbe plutôt fournie et des cheveux relativement longs, couvrant ses oreilles, le tout de couleur brune.

William Blake selon « D’art d’art », 30 septembre 2018

William Blake est né en 1757. Il est mort en 1827. Le daguerréotype, ancêtre de l’appareil photo, fut présenté à l’Académie des sciences française le 9 janvier 1839.
Douze ans après la mort de William Blake.

« D’art d’art » présente bien une photo d’un peintre anglais. Il s’appelle en effet William Blake. William Blake Richmond. Né trois ans après avoir la possibilité d’être pris en photo, en 1842, et décédé en 1921.

France 2 signe là un épisode consacré à un équivalent anglais de Baudelaire, à un poète traduit en français par au moins six personnes différentes pour les seuls Chants d’Innocence et d’Expérience (préférez en particulier les versions de Pierre Leyris et Alain Suied) – son œuvre maîtresse avec Le mariage du Ciel et de l’Enfer, une référence majeure artistique du monde anglo-saxon, et cet épisode de « D’art d’art » est bien désolant…

« La Vérité a des limites, pas l’Erreur. »
– William Blake, Livre de Los

Une prise en passant (253)

•28 août, 2018 • Laisser un commentaire

Teotihuacan, Mexique, 2 mars 2015

Une prise en passant (252)

•13 août, 2018 • Laisser un commentaire

Prague, République Tchèque, 21 juillet 2018

Une prise en passant (251)

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Prague, République Tchèque, 21 juillet 2018

Une prise en passant (250)

•1 juillet, 2018 • Laisser un commentaire

Paris, France, 1 juillet 2018

Pyongyang ne répond plus

•21 juin, 2018 • Laisser un commentaire

Lettre adressée aujourd’hui à SFR (dans la veine d’une autre, vieille de onze ans, et qui m’avait valu un lapin en peluche) :

 

Mesdames, Messieurs,

Alerte : vos services ont des problèmes de transmission.

Depuis un mois et demi environ, ma ligne téléphonique est saturée d’appels émanant de votre part. Pire, depuis le début de cette semaine, en moins de trois jours, j’ai reçu trois appels de vos agents pour me poser exactement les mêmes questions (après un premier environ un mois plus tôt). Je n’ai rien cédé, mais je me lasse de vos méthodes de torture téléphonique.

A chaque fois, vos agents me demandent quel est mon opérateur mobile. A chaque fois je leur ai expliqué : je ne prends pas part à l’espionnage industriel. Bien entendu vos concurrents m’appellent parfois pour connaître mon opérateur internet et, de la même façon, je ne leur donne aucune réponse.

Comme l’a dit Dominique de Villepin dans son discours contre la guerre en Irak : « A ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder […], je voudrais dire que rien, à aucun moment, ne sera le fait de la précipitation, de l’incompréhension ou de la peur. » Guantanamo n’aura pas raison de moi, vous n’aurez pas ces informations.

Là où cela prend des proportions grotesques, c’est qu’après avoir expliqué au second agent que j’avais déjà refusé de répondre au premier, après lui avoir expliqué pourquoi, après lui avoir demandé de noter une bonne fois pour toutes qu’il est inutile de m’appeler à ce sujet, un troisième opérateur m’appelle ! Cet appel a lieu précisément le même jour, quelques heures plus tard, sur mon autre numéro de fixe (mais à la même adresse) et l’on me demande, comble de l’ironie, quel est mon opérateur internet ? Mais c’est vous ! Vous : SFR. Même Edward Snowden le sait !

 

Comme vous le savez, je suis client SFR depuis bientôt deux ans. D’abord à ******* (fin 2016 à juin 2017) puis, après mon déménagement, à ******* (depuis juin 2017). A l’époque du déménagement, vos services avaient accumulé les ratés : au moins trois interventions ont été nécessaires (6 et 28 juillet, 4 septembre 2017) pour avoir une liaison fonctionnelle. En réalité, il y eut quatre interventions : lors de la toute première, votre agent s’est présenté à ma précédente adresse, celle dont je déménageais !

Quatre interventions donc, et dans le même temps plus de huit interlocuteurs téléphoniques, la moitié d’entre eux s’employant à réduire à zéro le travail effectué avec l’interlocuteur précédent. Digne d’un roman de John Le Carré ! Le traître n’est pas celui qu’on croit, l’ennemi est un ennemi intérieur. Chaque agent performant a tâché de résoudre les bourdes du précédent, avant d’être suivi par une incompétence du suivant.

Vos services, conscients de leurs ratés consécutifs, ont donc pris soin de faire un geste de bonne volonté fin 2017, et un chèque de remboursement m’a été envoyé. La performance atteinte est ubuesque : le chèque m’a été envoyé à ma première adresse, toujours la même, celle dont j’avais déménagé !

Le chèque vous est donc revenu avec une mention NPAI (N’habite plus à l’adresse indiquée). Un autre agent m’a contacté pour essayer de résoudre le problème. La lettre suivante avec le chèque m’est cette fois parvenue car « suite à [v]otre investigation », vous aviez trouvé « [ma] nouvelle adresse », l’adresse à laquelle j’étais donc facturé depuis plusieurs mois. Vérifiez si besoin auprès de la DGSI ou de la NSA, leurs registres sont probablement à jour.

 

Nouvel épisode cette année au mois de mai, lorsqu’un agent SFR vient se renseigner sur mon opérateur. Je lui indique que je ne répondrai pas, et par ailleurs qu’un agent Free il y a quelques années m’avait appelé pour une affaire similaire. Il y avait mis tellement d’insistance alors que je persistais à ne pas lui répondre, lui expliquant que c’était une information privée, que j’avais fini par lui demander quelle était la régularité de ses rapports sexuels. La conversation s’était arrêtée là, lui outré. Vengeance : Free m’avait harcelé à cinq reprises le même jour (ils restent les détenteurs du record). J’ignore quelle est la fréquence des ébats chez vous, mais par contre je sais quelle est la fréquence de vos appels. J’aurais préféré ignorer ces deux informations.

Avec trois appels de mieux de la part de vos services en moins de 72 heures, dont deux à la chaîne, je comprends que vous vouliez rivaliser avec vos concurrents et faire preuve de la même compétitivité. Méfiez-vous cependant de l’effet Watergate. A trop insister, c’est moi qui risquerait de me désister. Kim Jong-un le disait d’ailleurs : « un bouton [de désabonnement] est toujours sur mon bureau. C’est la réalité, pas une menace ».

J’espère ne pas recevoir d’autres appels de vos services ; je ne suis pas un agent double, ni pour SFR, ni pour vos concurrents.

Veuillez donc noter dans vos registres et fichiers d’information : Pyongyang ne répond plus.

Pire : la prochaine fois, on appuie sur le bouton !