Patrick Bouchitey

Il y a de grands réalisateurs français. Patrick Bouchitey est l’un d’eux, tournant ses films au compte-gouttes : à l’heure actuelle, il n’en a que deux à son palmarès. Mais l’avarice filmographique a du bon : quels films !

Le premier, Lune Froide (1991), où il partage l’affiche avec Jean-François Stévenin est un exercice de style en noir et blanc qui vaut surtout pour sa magistrale atmosphère décalée. On y suit les tribulations des deux compères, entre les plages de la côte Atlantique, les bars et les rues poiseuses de diverses bourgades, la plupart du temps de nuit, toujours sous l’égide de la fameuse lune qui donne son nom au film.

Oscillant entre le burlesque et le macabre, on trouvera au détour du film une référence à Baudelaire lorsque que Bouchitey, passablement alcoolisé, s’empresse d’appliquer les théories trouvées dans Le Spleen de Paris, frappant un vagabond afin de lui rendre son orgueil (« Par mon énergique médication, je lui avais rendu l’orgueil et la vie » – poème IL : Assomons les pauvres !) et se recevant en retour la preuve de sa réussite… Ou encore cette scène  où tandis que Stévenin s’enfonce dans l’océan, Bouchitey joue au fantôme, courant sur la rive, un draps blanc déployé sur le corps, absurde visuel des plus détonnants.

 Moins original que le précédent, mais peut-être plus efficace, Imposture (2005) – adapté d’un roman de Manas : Je suis un écrivain frustré – nous plonge dans un contexte tout aussi sombre que le premier. Mais plutôt que de faire la part belle à l’atmosphère – qui n’est pas en reste pour autant -, Bouchitey privilégie le récit, un récit haletant, plongée psychologique dans les frustrations d’un professeur d’université (Patrick Bouchitey, 15 ans après, avec son physique de Delon raté et son splendide jeu d’acteur) qui décide de s’approprier le roman d’une de ses étudiantes (Laetitia Chardonnet). L’échange, tenant tour à tour du don ou de la confrontation, devient vite plus physique que rhétorique, laissant libre cours aux talents d’acteur des deux rôles principaux. Un grand moment de cinéma.

Considéré les deux fois comme politiquement incorrect (pour le côté ignoble de Lune Froide – dont je ne révèlerai pas la teneur pour ne pas gâcher le film – et pour un nu intégral et la relation malsaine d’Imposture), le constat est pourtant clair : Bouchitey a signé deux grands films à ne pas manquer.

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~ par Zegatt sur 8 janvier, 2008.

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