Pages nocturnes (1) – Manas

J’inaugure ces « pages nocturnes » avec un aperçu de ce premier livre, Je suis un écrivain frustré, histoire de faire écho avec le sujet sur Patrick Bouchitey et plus particulièrement son adaption cinématographique Imposture.

Je suis un écrivain frustré, de José Angel Manas est un livre sombre, bien au-delà de l’adaption qui en a été faite. La trame reste la même : un professeur d’université, critique reconnu, s’approprie le livre d’une de ses élèves et séquestre celle-ci.

Mais pour le livre, Manas prend le parti-pris de l’écrire à la première personne, mettant son lecteur aux premières loges de l’intrigue, en immersion complète dans le cerveau névrosé de J, le professeur-personnage principal, être passablement dérangé, violent, vicieux et manipulateur. Frustré aussi, forcément. Frustré par la réussite des autres, frustré par son incapacité à aligner quelques lignes potables, sans cesse amer vis-à-vis de ses échecs passés ou dans ses relations schizophréniques avec le monde qui l’entoure.

L’écriture de l’ensemble est efficace, parsemée par les réflexions égocentriques et acerbes de J ; Manas est exponentiel dans la noirceur du personnage, nous conduisant tout au long du cheminement de J pour en faire quelque chose de censé. Et le final, aussi sauvage soit-il, laisse planer un doute inquiétant : pour aboutir à la virtuosité, ne fallait-il pas en effet aller jusque là ? Monstrueuse apothéose…

En résumé, un roman accrocheur qui, sans tenir du grandiose, se lit avec facilité et intérêt et offre un récit sombre à souhait. Pour la route :

« J’étais prêt à tout pour accéder à l’Olympe de l’Art. L’Art était pour moi LA SEULE REALITE. A côté de lui, le respect de la vie humaine n’était qu’une pâle abstraction. Tous les êtres humains n’étaient pas égaux en fonction d’une capacité cognitive très douteuse. Non, pas du tout. Seuls les artistes avaient une existence pleine en fonction de leur capacité imaginative : c’était eux les seuls sujets rées, les seuls capables de recréer la réalité spirituelle de chaque époque. Les autres n’étaient que la masse dont on pouvait se passer, les objets de l’Art, pâles reflets de la véritable existence. »

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~ par Zegatt sur 10 janvier, 2008.

2 Réponses to “Pages nocturnes (1) – Manas”

  1. je n’avais meme pas entendu parler de ce livre…honte à moi 😦

  2. Pas de honte du tout à avoir ; c’est seulement grâce à (ou à cause de) « Imposture » que j’ai appris que le bouquin existait. Sans ça, Manas serait resté un inconnu de plus.

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