Sarkommence…

Il y a, chez Nicolas Sarkozy, un problème très net de mémoire. Cet homme inculturé (ou aculturé, je ne sais pas quel terme est le plus exact) est obsédé par un souvenir faussé ou dangereux du passé, souvenir qui s’organise sur deux fronts : la religion et le patriotisme (ainsi que la guerre – 1939-1945 en particulier – qui ne se dissocie JAMAIS de cette seconde notion chez Sarkozy).

Comment vanter en effet la mémoire de la France, sa supposée grandeur passée, si ce n’est par la guerre, là où cet élan patriotique s’exprime le plus ouvertement – avec parfois des relents de nationalisme plus ou moins justifiés (notamment quand intervient la question de territoire) – ? Et comment se réclamer du gaullisme dans toute sa splendeur sans passer par la guerre ? Sarkozy nous noie donc régulièrement, depuis près de trois ans de diverses références à 1939-1945, à la résistance, à de Gaulle, à Malraux (en omettant bien entendu les origines politiques de celui-ci) et j’en passe.

Le résumé d’une pareille pensée est clair : « Aimez la France : pensez à la guerre ! ». Si encore il y avait un ennemi. Mais non, tout au plus pourrait-on y voir l’image de la paranoïa récurente dont semble souffrir le président. Le rappel de Guy Môquet (et malgré tout le respect que l’on doit au courage de cette personne) s’inscrivait dans cette démarche de patriotisme guerrier, de respect familial et de démembrement politique (plutôt que de m’étendre sur la question, je vous invite à lire ceci si vous le désirez : sensibilisation-lyceenne-et-demembrement-politico-litteraire.doc).

Côté religieux, La République, les religions et l’espérance, transcriptions d’entretiens du « président Duracell », nous avait éclairé sur son manichéisme inquiétant : croyez ou désespérez, il n’y a pas d’alternative possible. Pour ma part, je me porte très bien, merci, malgré mon agnosticisme teinté de nietzschéisme virulent. Et puis il y a aussi Saint Augustin que Minimoi, s’il ne l’a pas lu, a au moins largement assimilé, il le plagie ainsi au détour d’une question, notant que, pour sa part, il considère que toute personne ayant une idée de Dieu s’en fait une représentation, or, si Dieu a une représentation (même mentale), c’est qu’il existe.

Bon. Tout cela, on le savait. Mais il y a de cela trois jours (13 février), au dîner du CRIF, Nicolas Sarkozy a franchi un pas de plus : il a créé un pont artificiel entre ces deux conceptions illusionées (la première car dangereuse, la seconde car réductrice – dans les deux cas, une lecture de Mendès France, Nietzsche et Camus ferait du bien à n’importe quel esprit en quête de lucidité). Il a proposé que tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’enfants victimes de la Shoah.

Ô folie ! Une idée pareille ne fait que renforcer les clichés dont est déjà suffisamment victime notre temps. D’abord, il râbache une énième fois l’idée que les juifs (la norme voudrait que je mette un « J » majuscule. Considérant ici les juifs comme membre d’une religion et non d’un peuple – Blumenkrantz dans Juifs et chrétiens en Occident, même s’il n’applique pas un pareil changement orthographique, donne tous les éléments pour le rendre valable – je me contenterais de la minuscule) et leur histoire millénaire ne saurait exister que par la condition intrinsèque de victime. Une pareille idée ne serait pas pour déplaire aux considérations tardives du regretté Norman Mailer, mais elle ne ferait que caricaturer les choses un peu plus.

Ensuite, si jamais cela venait à être appliqué, a-t-on seulement songé aux répercussions sur le discours raciste ou xénophobe qui peut-être tenu dans certaines familles ? La réaction ne saurait tarder : l’éxacerbation de pareilles considérations insupportables. La démarche de compréhension affichée par Sarkozy aurait l’effet inverse, un désastre.

Enfin, outre la morbidité d’un pareil choix auprès d’enfants aussi jeunes (une dizaine d’années), il est à craindre que cette démarche ne rencontre qu’un simple mur d’incompréhension justifiée, là où même nous, adultes, sommes incapables de concevoir l’existence tangible d’un camp ou d’une chambre à gaz.

La mémoire a d’autres armes que cette pitrerie glauque et dangereuse enfantée dans le cerveau d’un quelconque sbire présidentiel lui-même sans doute incapable de comprendre les tenants et les aboutissants de son idée. Heureusement, la réaction ne s’est pas faite attendre, notamment par les premiers concernés par une pareille décision : la communauté juive et Simone Veil en particulier. On notera aussi l’analyse lucide de M. Bensoussan (enregistrement de deux minutes qui mérite amplement le détour) : http://www.lemonde.fr/web/son/0,54-0@2-823448,63-1012080@51-861150,0.html

En tout état de cause, et au fur et à mesure que les semaines passent, Nicolas Sarkozy ne fait que prouver qu’il n’a aucune connaissance du monde, ni aucune réflexion envers celui-ci dès lors qu’il ne faut pas signer des contrats ou prétendre à l’omniprésence ou à l’efficacité. Une prestation lamentable. Regrettable. Et plutôt que de sauvegarder la mémoire du passé, il ne fait que la malmener en véritable Sarkophage qu’il est.

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~ par Zegatt sur 16 février, 2008.

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