Culturons-nous (3) – Pauvres universitaires

Ce vendredi et ce samedi se tenait un colloque à la Sorbonne autour du thème des femmes criminelles. Ni une ni deux, me voici embarqué pour suivre quelques conférences.

Hier, discussion autour de la femme « criminelle de l’intemporel » avec les figures emblématiques de la mythologie grecque, des textes moyen-âgeux et, forcément, la Bible. La discussion est fort intéressante, en particulier celle autour de la Bible, menée par un ponte en la matière (M. Draï) et qui offre de par sa connaissance des réflexions multiples autour du texte lui-même, des interprétations talmudiques ou cabbalistes et pour couronner le tout une approche étymologique des noms hébraïques. Ainsi Adam, le plus emblématique, qui signifie « homme » mais est mentionné en premier lieu dans la genèse sous le nom de « Haadam », c’est-à-dire « l’humain », lui-même né de la terre, soit « adama » en Hébreu.

La question posée étant de savoir si Eve est la digne mère de Caïn, il faut bien entendu remonter au péché originel. Pourquoi Eve accepte-t-elle le fruit ? Deux théories majeures chacune à orientation sexuelle : 1) D’abord la version mysogine qui veut la femme inférieure à l’homme du fait qu’elle n’est qu’un produit dérivé de la création divine vu qu’elle n’émane pas de la terre à proprement parler, mais de la côte, donc pour faire simple, Eve n’est pas très maligne. 2) La version féminisante qui prétend l’inverse ; l’homme est une ébauche, le véritable « produit fini » est la femme et en ce sens elle bénéficie d’une réflexion et de capacités qui, bien qu’éronnés quant le serpent s’en mêle (sans jeu de mots), sont supérieurs à Adam (qui par ailleurs, contrairement à Eve, ne parle jamais durant toute la Genèse – est-il seulement doué de parole ?).

Aujourd’hui, le débat tardif est plus orienté vers la réflexion concrète et contemporaine. Et c’est un massacre, ni plus ni moins : les chiffres s’alignent, les statistiques défilent sous des classements stupides (« crimes ou  infractions ? » ; tous les dérivés sont ignorés au profit de ces deux seules catégories), etc. Le criminologue (ou prétendu tel, car il fleure bon le théoricien, au détriment du sens pratique) nous expose divers classements, réflexions sur les critères de classements et jamais, ô combien jamais n’évoque la composante sexuelle. Composante sexuelle qui est fondamentale dans les crimes que sont le viol (cela va de soi) et le meurtre. A part égale ou presque serais-je tenté de dire, se partageant dans les deux cas la vedette avec la volonté de pouvoir (et ses dérivés dominant/dominé).

Mais non ; selon ce bon monsieur, la composante sexuelle (biologique, psychologique, sociale et j’en passe) n’a qu’une importance de deuxième ordre. Alors que tous les meurtres, qu’il s’agisse de meurtre simple (souvent dans ce cas la victime est un familier) ou de meurtres en série (où l’acte a une forte connotation sexuelle), ont cette composante comme principale marque. J’accorde un bémol pour des meurtres qui sont des cas exceptionnels : politique (dont attentat), mass-murder (attentat, fusillade) ou « ratés » (accidents, dérapage lors d’une action criminelle et utilisation aléatoire d’armes).

Et pour ces gens le fait que l’homme ai bien plus de problèmes d’impuissance (psychique ou physique) n’est pas une explication notoire satisfaisante au nombre de crimes violents bien supérieurs chez l’homme plutôt que chez la femme. Prenons le cas (certes stéréotypé, je le reconnaît) des tueurs en série : déjà, très forte représentation masculine (90%, si ce n’est pas plus) et ensuite, le panel est large pour justifier de cette théorie par des exemples : Francis Heaulme (impuissance biologique), Guy Georges (une unique relation sexuelle avec une prostituée avant sa série de meurtres), Aileen Wuornos (prostituée qui se découvre une bisexualité tardive), etc, et je ne parle même pas des abus sexuels dans la jeunesse.

Quoiqu’il en soit, qu’il s’agisse de jalousie, de haine familiale, de crime en série, d’amour inassouvi, etc, pour tout ce petit monde, la composante sexuelle n’a qu’un intérêt très réduit. Les criminologues (plus criminalistes qu’autre chose en fait) considèrent les seuls chiffres et les historiens utilisent les témoignages, Freud, Jung et la clique des psychologues est ignorée alors que le crime est l’expression d’une ascendance psychologique… Bravo l’université.

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~ par Zegatt sur 8 mars, 2008.

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