Pages nocturnes (14) – Oz

S’il ne devait y en avoir qu’un, ce serait Amos Oz. A ce jour, il est, à mon sens, le plus grand auteur de ce tournant de siècle. Un verbe magistral, un sens de la narration accrocheur, une humilité que l’on ressent dans son écriture, et des réflexions fortes ; c’est tout cela que l’on découvre au détour des lignes qui parcourent les oeuvres d’Oz. Son dernier livre, Vie et mort en quatre rimes ne déroge pas à la règle.

Ce livre assez bref – un peu moins de 130 pages – est en quelque sorte un équivalent au « Jonas ou l’artiste au travail » d’Albert Camus (l’une des nouvelles de L’exil et le royaume) ; une fiction explorant la création. Une suite directe au chapitre 5 de l’autobiographie d’Amos Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, qui exposait le point de vue de l’auteur face à la création et à l’explication littéraire.

Ici donc, pas d’explication littéraire, mais une sorte de genèse multiple de la création à travers le cheminement et le regard d’un auteur. Cet auteur dont on sait seulement qu’il est Israélien et visiblement célèbre. Le voilà invité à un énième débat-conférence où les questions insipides et lassantes se suivent les unes après les autres. Et voilà que son esprit dérive.

Il avait déjà commencé à dériver dans un bar, un peu plus tôt, mais le rythme s’accélère. Plutôt que d’écouter ces gens, l’écrivain décide de les (ré)inventer. Les voilà affublés d’un nouveau passé, d’une nouvelle identité, d’autant de thèmes d’écriture différents. La vie, la mort, l’amour, la maladie, la souffrance, le sexe, la joie, l’errance, le bonheur ; la galerie est fournie aussi bien en émotions qu’en personnages.

L’auteur tente de s’y glisser, une fois le débat finit. Lui aussi veut jouer son rôle, affirmer sa présence, vérifier ses spéculations. Mais il hésite à bousculer ce monde qu’il a organisé, et c’est ainsi qu’on le rejoint, hésitant devant la porte de la lectrice du centre culturel, il établit trois cheminements possibles, hésite quant à celui à suivre, imagine, doute…

Le ton du livre est moins grave que ne le sont d’autres textes d’Oz. L’humour y est présent, même si entre le rire et la vie, la mort et la souffrance se rappelent par endroits. Du grand art, à n’en pas douter. La plume est juste et impose un rythme attirant de variation entre les émotions. Un récit entre désespoir et envie d’avenir qui chemine jusqu’à ce que « je » tue « il », jusqu’à l’affirmation de l’auteur, au dernier paragraphe.

« Elle se frotte contre lui et se met à explorer son dos des deux mains, tels des voiliers prodiguant de délicieuses caresses, provoquant du bout des doigts des vagues déferlantes aux crètes frangées d’écume. »

« Il se cantonne dans le rôle du spectateur déconfit, comme si le reste du monde n’existait que pour peupler ses histoires. Il est profondément triste d’être toujours l’intrus, de ne pouvoir ni toucher ni être touché, d’avoir éternellement la tête sous la vieille étoffe noire de l’appareil photo. »

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~ par Zegatt sur 20 mars, 2008.

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