Pages nocturnes (16) – Machover

Petit détour historico-biographique du côté de l’argentino-cubain Ernesto Guevara avec ce livre de l’universitaire avignonnais Jacobo Machover, exilé cubain de son état, La face cachée du Che.

Jacobo Machover est un déçu. Déçu de la Révolution cubaine, déçu de la politique castriste, déçu de Guevara. Il en a le droit, après tout. Mais pour le coup, sa critique paraît gratuite, sans compter qu’il l’a publiée au moment du quarantième anniversaire d’Ernesto Guevara, en octobre 2007. Quoi qu’il en soit, Machover propose un tour d’horizon de Guevara, aussi bien l’homme que le mythe, pour le démystifier, pire, le détruire. Mais il commet une erreur de taille ; comme le titre l’indique, c’est le Che que Machover aborde ; il attaque un symbole et ses dérivés plutôt qu’Ernesto Guevara, l’homme.

Pourtant, Machover s’appuie sur les textes de ce dernier pour s’attaquer au symbole sans admettre que Guevara et le Che sont deux entités distinctes, la première étant réelle, la seconde étant ce que le castrisme et les dérivés mondiaux de celui-ci en ont fait. Critiquer la première par l’intermédiaire de la seconde ne rime à rien.

De même, Machover considère Guevara comme un homme dont la pensée n’a pas évolué. Il prend pour valide ce que Guevara a dit à 20, 25, 30 ou 35 ans et critique le fait que le Guevara de 35 ans agisse différement de celui de 20 ans. Notamment, Machover taxe Guevara de staliniste pour avoir recommandé de lire Staline, mais ne précise pas qu’après la critique de Staline par Khrouchtchev, Guevara changea lui aussi son appréciation sur le petit père des peuples.

Tour à tour, Machover accuse Guevara de communismo-nationalisme dans sa lettre d’adieu à Fidel puis présuppose que Fidel a plus que suggéré la rédaction de cette lettre (ce qui est fort vraisemblable) – il faudrait savoir ! Appréciations farfelues se suivent ; notamment celle selon laquelle l’éloge funèbre de Guevara par Castro est une réussite alors que le texte n’a rien d’exceptionnel, ailleurs l’auteur évoque le film Carnet de voyage et fait de certaines anecdotes relatées des faits avérés (alors que pour le film ils ont changé de la vérité rapportée dans les écrits de Guevara et Granados, son compagnon de route), etc.

Finalement, un seul argument demeure, martelé sur cinquante pages ; Guevara est un monstre, le bourreau de la forteresse de la Cabana, celui qui a fait exécuté plus de 100 hommes. Soit. Mais Machover minimise le rôle de superviseur de Castro là où ça l’arrange. Que Guevara soit un meurtrier indirect (ou direct pendant la Révolution, l’épisode du Congo ou celui de la Bolivie), c’est un fait avéré. Mais si c’est là le seul argument solide de Machover, ses 195 pages de texte se résument à bien peu.

Quand on critique, qu’on le fasse au moins de façon objective et avec un minimum de rigueur. Et il faudrait choisir sa cible un minimum ; l’homme ou le symbole ? Car pour ce qui est d’assassiner le Che, c’est inutile, d’autres s’en sont déjà chargés.

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~ par Zegatt sur 2 avril, 2008.

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