Pages nocturnes (18) – Ellroy

Cela fait un bout de temps que je n’ai pas fait la chronique d’un bouquin. Histoire de me remettre en jambes, voici donc du James Ellroy, avec le tableau général de l’ère Kennedy qu’il dresse dans son American Tabloid.

Ce panorama au tournant des années 50/60 s’articule autour de trois personnages, une marque de fabrique propre à James Ellroy – c’était déjà celle qu’il appliquait dans L.A. Confidential. Bondurant navigue d’employeur en employeur, du moment que ça rapporte ; Howard Hugues, la CIA ou la mafia, sa morale ne s’en formalise pas. Boyd est employé par le FBI et, supervisé par John Edgar Hoover, joue aux infiltrés dans le clan Kennedy. Littell est lui aussi au FBI et chasse du communiste de seconde catégorie, sans grande conviction, préférant se consacrer à la lutte anti-mafia.

Ce trio haut en couleur évolue au cours des quelques 6 années que dure le récit, nous plongeant ça et là dans l’intimité des grands, dans le jeu politique international, et dans les coins sombres du pouvoir. Le ton est très vite donnée ; dès les premières lignes, Howard Hugues s’enfile de la drogue en non-stop tandis que Castro passe à la télé, interviewé depuis le maquis cubain.

Les grandes figures dirigent l’Histoire, celle-là même dans laquelle Bondurant, Littell et Boyd tentent d’inscrire leur empreinte, rentable de préférence. Pendant plus de 750 pages, un déferlement de glauque et de violence se partage l’affiche. Hughes vire dingo à coups d’injection, John F. Kennedy baise à tout va, le frangin Bobby balance de la morale chrétienne tandis que Papa Joe Kennedy les renie une à une. Les mafieux règlent leurs comptes au flingue ou à la machette, agrémentés par endroits d’un requin en piscine ou d’une prestation de Sinatra ; les Cubains trucident du rebelle lors de l’épisode de la Baie des Cochons, et Castro, le « beatnik barbu » évite tentative de meurtre sur complot. La CIA complote avec le Ku Klux Klan, qui complote avec la mafia, qui joue avec le pouvoir, les boucles sont entrelacées dans un univers sombre et destructeur.

C’est saignant, sexuel, cru, sans concession et sacrément efficace. Le panorama américain est noir, la corruption règne à tout va et finit par s’emparer des protagonistes. Le rythme est haletant, saccadé selon la mécanique chère à Ellroy. L’un des meilleurs livres d’Ellroy que j’ai pu lire à ce jour, grandiose.

« – Tu regardais ce garçon [John Fitzgerald Kennedy] avec quelque chose qui ressemblait à de l’admiration.
– C’est ses cheveux […]. Je me demande comment il fait pour les faire tenir de cette manière. »

« [Il] lui tira dans la bouche. Le chargeur entier lui dégagea la tête. »

« L’Amérique n’a jamais été innocente. C’est au prix de notre pucelage que nous avons payé notre passage, sans un regret sur ce que nous laissions derrière nous. Nous avons perdu la grâce et il est impossible d’imputer notre chute à un seul évènement, une seule série de circonstances. Il est impossible de perdre ce qui manque à la conception. »

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~ par Zegatt sur 1 octobre, 2008.

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