Bucolisme (2)

J’ai siroté mon verre tranquillement tandis que lui lapait ça à grands renforts de bruits gutturaux. L’affaire d’une minute, vidée. Et en avant pour « Une autre ! » en tapant du plat de la main sur le comptoir. Sa langue a claqué contre son palais dans un bruit sourd et humide, ses joues frémissant dans le mouvement en rehaussant son profil de primate. Il a raclé sa gorge et a fourré de tabac une nouvelle clope.

« Les gonzesses, quelle saloperie hein ? J’vais te dire gamin, samedi dernier je me suis tellement pinté, y a plus rien qui sortait de mon calebar. Ca avait beau s’agiter dans tous les sens, ça restait fichtrement mou. Et v’là pas que la mienne rapplique en tirant la tronche, elle se met à gueuler et tout, que je suis pas foutu de la satisfaire ou je sais pas quelle connerie. Bref, elle se met à ensevelir mon Curriculum Sexus sous les reproches, et voilà qu’elle se fout à poil et qu’elle se retapisse l’intérieur. Là, comme ça, devant moi, direct. J’lui ai bien glissé ma main au cul, rien à faire. Sens interdit sur sa gueule : pas touche. J’ai regardé faute de pouvoir faire plus. Et elle qui continue de m’injurier  pendant ce temps-là, avec ces petits cris qui prennent doucement le dessus. “Arrête, je lui dis en tapant sur ma bidasse, tu vas me faire avoir des grossesses nerveuses !” Rien à faire, elle continue ses trémoussements en solo, youpi que je t’agite la machinerie. “Merde ! Tu veux vraiment être le père ?” Ca l’a vexée, elle s’est taillée en claquant la porte. Je me suis glissé la fin de whisky qui traînait dans un placard et j’ai accouché sur le papier de quelques crachats noirs.

– Vous écrivez ?

– Eh, m’insulte pas avec tes grands mots non plus, tu veux ? Je prends une page, j’y fous quelques lettres et ça plaît à certains gars. Tant mieux pour eux j’ai envie de dire. Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse à moi ? J’vais pas me gratter avec non plus, lâcha-t-il en accompagnant ses mots avec le geste. Bref… Je vide mon encrier, et voilà que ça reprend du service par en dessous. Va savoir si c’est l’écriture ou la vinasse en chute, toujours est-il que le Popol il est soudain partant pour se réengager dans l’armée, faire le défilé et tirer avec son gros fusil. Ni une ni deux, j’ai levé mon derrière et je suis allé reluquer ceux qui étaient en promo dans la rue – c’est pas tant le problème de trouer hein, mais le budget c’est sacré. »

Il a marqué une pose, s’est enfilé une lampée de plus dans le gosier avant de laisser un sourire benêt se balader sur sa face. J’en ai profité pour attraper le barman et me refaire aussi une descente. Le type a gratté sa barbe un instant, et il a fourragé dans ses cheveux hirsutes avec ses doigts.

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~ par Zegatt sur 16 mai, 2009.

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