Bucolisme (4)

Un autre mec est entré pendant que le juke-box chargeait une série d’accords tout aussi rétro que les précédents. A ce rythme-là, c’était plutôt du désaccord. Le type qui venait de faire son entrée a regardé autour de lui, il s’est dirigé droit sur nous et il s’est collé contre le zinc en tapant dans l’épaule de Charles.

« Alors, Buk, ça roule comme tu veux ? »

Charles s’est soulevé un coup, ses épaules sont reparties en arrière et ses dessous de bras en ont profité pour retaper la senteur environnante. Il a laissé échapper un bref ricanement puis s’est allumé une cigarette d’un air je-m’en-foutiste au possible.

« Ca traînasse ouais. Faudrait le clapotement de la machine à écrire là, tu sens pas ? Entre deux décuvages, réorganiser le bordel sous mon crâne ; vider en cuvant, c’est tout le principe.

– Tu devrais te revoir en philosophe, Bukowski. C’est profond ce que tu racontes.

– J’emmerde les philosophes. Et je connais qu’un seul truc de profond, mais c’est pas la philosophie. A bien y réfléchir, j’en connais même deux, mais y en a un que je préfère. Et je suis pas un fumier de philosophe. Le monde, je le pense pas. Le monde, je le sens tu vois, je le bois, je le baise. Et il me le rend bien au passage. »

Sa voix s’était faite raclante, avec un léger accent traînant que l’alcool ne faisait qu’amplifier.

Le type saoul qui se tenait à ma droite était Bukowski.

Charles Bukowski.

J’ai descendu le reste de ma pinte pendant qu’il déblatérait avec le nouveau venu en accommodant son discours de quelques grossièretés bien senties. L’autre type a quitté les lieux comme il était venu. Bukowski a roté, et il a fini par piger que j’étais parti à l’ouest.

« Qu’est-ce tu me fous, gamin ? Déjà trop bu ?

– Non, je viens de réaliser.

– T’as réalisé quoi dis-moi ? Parce qu’à voir l’état dans lequel ça te laisse, ça a tout l’air d’être essentiel comme truc. Du genre comment les putes font pour t’y faire croire à chaque fois, même lorsque t’en arrives à la centième.

– Vous êtes Bukowski.

– Bordel de merde, quand tu t’es enfourché sur ce fauteuil, je t’ai peut-être dit de me prendre de haut ? Ca t’as pas suffi de me traiter de lettré, gamin, tu te mets à m’insulter maintenant ? Moi c’est Charly. »

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~ par Zegatt sur 18 mai, 2009.

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