Réflexions du Web

« La névrose se fabrique (…) en vertu d’une fausse attitude qui consiste précisément en ce que le névrosé pense et sent comme il le fait et justifie son attitude par sa théorie des névroses. »

– Carl Gustav Jung, Métamorphoses de l’âme et ses symboles

Réflexions du Web

Cela fait maintenant une bonne décennie qu’Internet s’est généralisé et nous voilà pour une bonne partie d’entre nous, utilisateurs de l’objet informatique, à créer nos parcelles personnelles dans l’espace immatériel 2.0. En avant pour un site par-ci, un blog par-là, un forum au milieu, un Twitter à côté et j’en passe. Le foisonnement est globalement incontrôlé, incontrôlable et, il faut vraisemblablement l’admettre, pour une bonne part inutile.

Alors, outre l’aspect technologique (mon PC a planté et je ne peux plus aller sur FaceBook ; au secours, j’ai perdu tous mes amis !), et la modification des rapports humains (je suis célibataire et je ne suis pas sur Meetic ; pleurez, chères victimes de la technologie et de la drague à pas cher !), en quoi est-ce que le Web modifie la donne dans notre petite tête de mammifères décérébrés par l’information-minute ?

La réponse est bien simple ; pour une partie d’entre-nous, Internet va nous éviter d’aller chez le psy, et pour une autre partie nous y précipiter !

Quelque chose cloche dans votre esprit ? Vous vous posez une question de trop ? Vous avez un intérêt que personne dans votre entourage ne partage ? Bienvenue sur Internet !

Que ce soit des maux de tête trop réguliers, vos inquiétudes conspirationistes qui vous font voir des extraterrestres, vos fantasmes sexuels inavouables, votre collection de films de Steven Seagal, ou encore votre soutien à la cause d’Hilary Clinton et des femmes trompées par un président, le Web vous apportera une seule et même réponse : NON ! VOUS N’ETES PAS SEULS ! ILS SONT PARMI NOUS !

En d’autres termes, votre malaise ambiant ou votre bizarrerie personnelle a toutes les raisons de trouver un interlocuteur. Les uns se soigneront chez Doctissimo pour tomber un peu plus malades, les autres finiront dans les rangs de la Scientologie, les suivants pratiqueront les joies de la masturbation sadomasochiste par écrans interposés, les suivants découvriront Chuck Norris, et les derniers s’inquiéteront de ce que devient Cécilia Sarkozy. Bref, soufflez un bon coup, votre névrose se soigne… à moins qu’elle n’empire.

Les plus fous prendront le risque de créer leur propre page pour raconter leurs errances plutôt que de se satisfaire par procuration des errances des autres

Devant cette ère technologique, là où des rencontres physiques bien réelles permettraient à nos cellules de s’égosiller à l’occasion comme ce bon vieux Dr Frankenstein « il est vivant ! vivant ! », la vie 2.0 par procuration sacrifie l’IRL pour nous voir bondissant plus régulièrement devant notre écran tandis que nos synapses hurlent « il est comme moi ! comme moi ! ».

Alors attention ! je ne suis pas ici pour critiquer le système, uniquement pour le constater, car rappelons-nous qu’entre les pixels de cet écran et la rencontre bien tangible, il n’y a qu’un pas qui est souvent plus vite franchi qu’on ne le croit.

Mais heureusement face à cette facilité d’usage qui rendrait presque trop faciles les rapports humains, les médias veillent et rappellent à ces chers parents que leurs têtes blondes sont sûrement déjà menacées par des pédophiles voyeuristes, quand ce n’est pas nous qui risquons de dévoiler sur FaceBook les informations nécessaires au futur terroriste d’Al Qaida pour s’envoyer en l’air… Bref, quand on ne devient pas des décérébrés par nous-mêmes, les autres nous « décérébèrent » tout aussi bien… Du coup, entre ceux qui tentent d’enchanter l’outil informatique (youhou ! mon cornichon a plus de fans que Diam’s), ceux qui le désenchantent (g 14 an et je veu savouare comen sa fé de baisé – tu suçe ?) et la publicité/médiatisation dont nous sommes volontairement ou non le récepteur (entre c’est bien les gros seins et autres méfiance, George Orwell est parmi nous), le mic-mac n’est pas près de se résoudre.

Alors, nous voilà, vous, moi, à tapoter sur notre clavier, à créer notre page d’existence immatérielle, et la constatation est là : Internet tente de nous faire exister, de rompre avec nos solitudes réelles ou fantasmées, de nous regrouper selon nos désirs, envies, passions, intérêts,…

Le blog est un avilissement social. C’est un instrument d’entretien de nos névroses obsessionnelles. Et la mienne vous remercie de m’avoir lu.

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~ par Zegatt sur 3 novembre, 2010.

2 Réponses to “Réflexions du Web”

  1. De rien!

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