James « American Dog » Ellroy livre son show

Ce soir au théâtre Marigny, James Ellroy donnait une lecture de son dernier livre, « La malédiction Hilliker » (« The Hilliker curse » en V.O.), suivie d’une séance de dédicace.

C’est la deuxième fois en un an que je suis amené à croiser James Ellroy. En janvier dernier il venait à Paris pour signer le dernier volet de sa trilogie américaine, « Underworld USA », et ce coup-ci, il donnait son véritable show – une demi-heure de lecture suivie d’un entretien en chassé-croisé avec Eric Naulleau et Arnaud Viviant.

Dominant de ses presque deux mètres, Ellroy a livré la lecture des premières pages de son dernier livre pour le plus grand bonheur de son public de « grenouilles pédérastes, perverses, renifleuses de petites culottes, droguées et fans d’existentialisme à deux balles et adulatrices de Barack Obama, qui ont sacrifié leur soirée sexuelle pour venir [l’]écouter » (dixit l’auteur).
Très théâtralisant et jouant de son aura j’m’en-foutiste et égocentrique, James Ellroy a donc repris les zones restées inexplorées de son autobiographie « Ma part d’ombre » – en d’autres termes, non seulement sa mère, mais les différentes femmes de sa vie, à commencer par une baby sitter allemande un peu grasse aux airs de Hitler Jungend qui avait tenté d’initier le tout jeune James aux joies de la gâterie buccale. Bref, du Ellroy dans toute sa splendeur et ses déboires, de la vraie touche Ellroy dès les premières lignes, loin des pages au goût d’inachevé du précédent opus.

Car Ellroy a un problème. Il ne sait pas faire parler les femmes…
et il s’était risqué à cet exercice dans le dernier volume de la trilogie américaine, sans grand succès.
Par contre, Ellroy sait parler des femmes, ça, il n’y a pas à en douter. De façon perverse ou au contraire avec tendresse, son verbe frappe.

A l’écouter lire avec la traduction affichée en simultanée, on regrette d’ailleurs quelques arrangements de traduction qui font perdre de sa saveur au texte original. Succession subtile et simultanée subtilisée en soustrayant à l’anglais des mots moins crus et ailleurs des modifications inutiles (un « oops » devenu « hop là », un « TJ » retranscrit en « Tijuana » – heureusement, les noirs sont encore des « nègres » et les immigrés latinos des « dos mouillés » ; tout le monde en a pour son grade, comme d’habitude).

En résumé, un grand moment de face à face entre un auteur et son public et, en plus de cela, l’annonce d’un nouveau quatuor de Los Angeles à venir.

Ellroy était retourné à un célibat relativement dépressif lors de son « Underworld USA » ; le voilà de nouveau en couple, satisfait (?) dans son insatiable quête des femmes – Cherchez la femme ! comme il le martèle dans chaque livre. Et pour le coup, cela se ressent : le résultat a tout l’air d’être de la très grande cuvée Ellroy !

Long live the American Dog !

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~ par Zegatt sur 25 janvier, 2011.

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