Ossama l’air pas mal ! (1)

« Le terrorisme sert à donner une raison d’être aux polices et aux armées qui, laissées sans occupation, ne demandent qu’à se réaliser dans quelque conflit plus important. Enfin le terrorisme sert à favoriser des interventions disciplinaires là où un excès de démocratie rend la situation ingouvernable. »

– Umberto Eco, La guerre du faux



Ossama  l’air  pas  mal !

Sur le site  du FBI, l’ennemi public numéro 1 vient d’être détrôné et un nouveau visage est apparu parmi les dix personnes les plus recherchées par les Etats-Unis : Oussama ben Laden est mort, son remplaçant est attendu au palmarès criminel international.
Plutôt que de sombrer dans l’apologie naïve de la traque menée à terme, prenons le temps d’analyser les derniers mois qui viennent de s’écouler ; le tableau tombe vite dans les demi-teintes, et les zones d’ombres déjà présentes ne font que s’obscurcir…

Octobre 2010. Souvenez-vous. C’est gros, toute le monde en parle, la sortie est attendue depuis plusieurs semaines, des mois même. La presse a eu droit à quelques exclusivités avant la crue. Julian Assange avec sa gueule de playboy sur le tard ouvre les valves à plein régime : près de 390 000 documents relatifs à l’Irak sont suivis de 250 000 documents de la diplomatie américaine, tous offerts à la lecture du premier venu. Wikileaks a fait son entrée auprès du grand public. Rapidement, c’est l’affolement international, la guerre numérique est lancée pour couper le flot d’informations classifiées, au mieux le retenir, un mandat d’arrêt est même lancé contre Assange sous couvert d’une accusation falsifiée.
Les pays arabes, régulièrement l’objet de contestations relativement limitées ou en manque d’organisation – exception faite de l’opposition iranienne à l’été 2009 – sont pris d’un souffle nouveau en cette fin d’année 2010. Le printemps arabe peut éclater.
Simple suite logique d’une contestation grandissante ? La coïncidence est trop belle. Et si Wikileaks avait joué son rôle ? Et si Wikileaks était un FAUX, une manipulation de la part du renseignement américain ?

Je vois déjà les premières mains s’élever pour m’accuser de théorie complotiste. Moi, complotiste ? Rappelons-le puisqu’il le faut ; la CIA n’a jamais participé à l’assassinat d’Allende et au coup d’Etat chilien, les Etats-Unis ne sont jamais intervenus à Cuba en 1962 afin d’assister militairement l’invasion ratée de la baie des cochons, le FBI de Hoover n’a jamais commandité l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, l’administration Bush a légitimement attaqué l’Irak à cause d’armes de destruction massive. Tout cela est bien connu, bien assimilé, le renseignement américain est synonyme de transparence, et cela de longue date et jusqu’à des jours bien plus récents.
Alors pourquoi pas ? Et si Wikileaks était en réalité un énorme coup de bluff ? La diplomatie américaine vendant des informations relativement innocentes, ne faisant que confirmer, renforcer des sentiments déjà répandus. Les habitudes sexuelles d’un ministre, l’instabilité relative d’un dictateur, les errances politiques d’une nation, les soucis économiques d’une autre, rien de bien méchant en somme. Juste de quoi envenimer quelques tensions préexistantes, de quoi renouveler les accrocs déjà ressentis par une part de la population locale… Bref, le renseignement américain, tout en s’offusquant de voir ses fonds de tiroirs déballés, balance en réalité de façon parfaitement consciente un ramassis d’informations plus ou moins anodines. Soi-disant spolié, le renseignement – CIA, FBI, NSA, Maison Blanche et diplomates internationaux – joue un coup de bluff et fait croire qu’il dévoile ce qu’il pense (ou ce qu’on pense qu’il pense). Les pouvoirs, avec aux premières loges ceux contestés, et les populations ne peuvent que réagir, le jeu international se clarifie, un nouveau jeu de cartes est étalé au grand jour, bien plus clair que la disposition précédente, avec les Etats-Unis pour prendre la main, à peu de chose près vainqueurs par avances grâce à leur tricherie. Merci Wikileaks.

Chacun commet des erreurs bien sûr. Dans l’empressement, les services nationaux ou internationaux sont pris de court, et le tout n’est pas seulement de s’adapter au jeu que l’on a en main, il faut aussi parier sur le jeu de ceux d’en face !
Et à ce jeu-là, la France rate le départ de la course ; incapable de voir à temps le printemps arabe mais très probablement consciente du double jeu américain, elle perd quelques ministres au change, et reforme son gouvernement dans l’urgence. Au revoir Alliot-Marie et les bévues tunisiennes, et par la même occasion, Hortefeux homologué raciste est relégué à un poste secondaire. Puisque les pays arabes font des remous de façon violente et que notre gouvernement est associé à des étiquettes raciste et islamophobe, il faut rattraper le coup : une fois que nos amis les dictateurs pétroliers seront tombés, les nouveaux interlocuteurs ne doivent surtout pas claquer la porte des accords commerciaux sous prétexte de question d’éthique ou de morale…
Rappelez-vous, « l’ouverture », Nicolas Sarkozy avait fait sa campagne avec. Il serait temps de la mettre en application. Et de prouver du même coup avec quatre ans de retard  que l’on sait également être Président, avec un P majuscule, et pas seulement un argument comique pour Stéphane Guillon et une partie de l’électorat qui dépasse dangereusement les 50%. Alors, puisque les rapports tunisiens ont eu des ratés et que le bouleversement égyptien a été trop rapide, autant sauver ce qui peut l’être et se redorer le blason : reste la Lybie. Un bel alibi ! Quitte à oublier qu’après une année à la tête de la République (soit il y a à peine plus de deux ans), Nicolas Sarkozy conviait Mouammar Kadhafi en invité d’honneur lors des cérémonies du 14 juillet 2008.

Et voilà que la situation s’enlise. La Lybie est à feu et à sang et à l’international, les décisions unilatérales peinent à se faire. La France accélère le rythme en reconnaissant le gouvernement insurgé libyen, divers pays d’Europe suivent la mouvance interventionniste, mais aucun mouvement concret n’est opéré ; les gendarmes du monde manquent à l’appel, pas d’Etats-Unis au rendez-vous. L’administration Obama a ses raisons pour ne pas agir : l’administration Bush a déjà fait un assez grand massacre au Moyen-Orient, les relations avec les pays arabes ne sont pas au beau fixe et la figure charismatique d’Obama ne suffit pas à inverser la barre d’un claquement de doigts. Il faut donc attendre que les litres de sang libyen répandus rendent l’intervention américaine légitime pour l’ensemble de la communauté internationale, quelque soit ses origines et surtout ses croyances.
Mais un Prix Nobel de la paix qui fait la guerre, qui plus est au sein d’un pays arabe comme son prédécesseur vomi par la communauté internationale, le tout alors qu’il est lui-même victime d’attaques répétées de la part du parti républicain, cela ne rend pas les choses faciles. Barack Obama aura beau être noir, charismatique, recevoir l’appui d’une grande partie de la population mondiale, cela ne suffit pas à rester indemne, encore moins à rendre manichéenne sa décision d’agir sur le sol libyen : la côte de popularité de Barack Obama demeure basse sur le territoire américain, trop basse aux yeux de la Maison Blanche.

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~ par Zegatt sur 3 mai, 2011.

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