J’emmerde… (4) le grand Satan

La France a de quoi avoir honte.
Honte sous Sarkozy, honte sous Hollande.
Nous autres, qui nous sommes bien assez moqués des Etats-Unis de George W. Bush, tournant au ridicule le pantin intégriste et écervelé qui a gouverné pendant huit ans le pays, envoyant combattre à tout bout de champ l’hydre islamiste dans un délire souvent plus fantasmatique que réel, et plus que tout au prix de trop nombreux morts civils et d’une invasion injustifiée, l’Irak ; nous autres, nous voilà à présent tombés dans la même paranoïa.

« Le grand Satan », la bête imaginaire, ce Grand Méchant Loup des contes de Georgy, voilà qu’il est peu à peu devenu franchouillard.
Oh, me direz-vous, mais les choses ont été facilitées : peur des musulmans, problèmes avec l’immigration, etc, le terrain était déjà près.
Alors quand le monde arabe prend soudain vie, descend dans la rue et défile pour faire tomber différents gouvernants lors des « Printemps arabes », il en faut peu pour que, nous autres européens, nous autres Français, nous y voyions un embrasement. Pour que le mot de révolution arabe nous rappelle plus facilement au souvenir Robespierre plutôt que la Bastille… que voulez-vous ; les arabes, ce sont des intégristes, c’est bien connu (et tant pis si une bonne partie des Français passe un peu plus pour une bande d’abrutis avec de tels raccourcis).

 

Et voilà la première grande honte française, sous les traits de Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères sous Nicolas Sarkozy.
Début janvier 2011, à quelques heures à peine de la chute de Ben Ali (tout juste 3 jours), MAM rappelle à l’Assemblée nationale que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Pour compléter le tableau, ajoutez la proximité douteuse d’Alliot-Marie, sa famille, ses amis avec Ben Ali, sa caste et l’intelligentsia locale.
Voilà la grandeur de la France en action : des intérêts personnels, des intérêts économiques, prioritaires sur les intérêts d’un peuple, sur la simple compréhension d’un mouvement populaire. Voilà la grandeur de la France en action : un bras d’honneur adressé au pays réputé être celui « des droits de l’homme et du citoyen », un trait barrant en travers la formule-mère de 1789 « liberté égalité fraternité ». Enfin… égalité, peut-être, mais seulement s’il y a le signe « € » avant le point…
A ce moment-là, une mise au point, une explication honnête et franche a manqué comme souvent (toujours ?) en politique. Nicolas Sarkozy aura au moins eu la présence d’esprit de virer rapidement Alliot-Marie. Erhal (« dégage »). Il fallait reconnaître d’une façon ou d’une autre l’erreur, peut-être cela ne fut-il pas la meilleure manière de le faire ; malgré ses travers, Alliot-Marie comptait parmi les rares personnes forte et surtout intelligente du gouvernement Sarkozy.

 

Avec la Tunisie et sa révolution de jasmin, voilà le jeu de domino lancé ; les peuples voisins, s’ils ne sont pas déjà dans les rues, y descendent. Algérie, Maroc, Egypte, péninsule arabique… et puis la Libye.
Sauf qu’en Libye, ça bloque. Et pas qu’un peu. Très vite, il ne s’agit plus d’une contestation, d’une révolte, mais d’une guerre. Une guerre civile d’abord.
Il faut dire que, si Ben Ali, Moubarak et d’autres ont pu être traités d’oligarques, parfois de dictateurs, aucun n’avait à son actif le C.V. de Mouammar Kadhafi, ni son profil psychologique. Militaire obsessionnel, idéologue paranoïaque, diplomate sanguinaire, Kadhafi c’est tout à la fois. Le réveil au lait de chamelle, la tente bédouine au-dessus de la tête, la peur de l’avion, la troupe personnelle d' »Amazones » d’un côté, le soutien au terroriste Carlos, les détournements d’avion, les tirs de roquette à l’emporte-pièce de l’autre. Kadhafi c’est tout cela en même temps. Un type dont on ne sait pas trop s’il est plus un génie politique (pour avoir tenu au pouvoir aussi longtemps) ou un déséquilibré paranoïaque.
Kadhafi est un véritable personnage de fiction, Gérard de Villiers ou le duo Collins-Lapierre (avec « Le cinquième cavalier« ) l’avaient parfaitement compris.

En février 2011, des premières mesures se mettent en place au niveau international. Puis en mars, la France soutenue au premier chef par les Etats-Unis et l’Angleterre (les deux perdants de l’Irak auxquels Chirac et Villepin avaient eu l’intelligence de dire « Non ») organise peu à peu l’intervention.
Le problème ici, ce n’est pas tant l’intervention qui, dans le contexte, se justifiait (ou semble se justifier) : depuis un peu plus de deux mois, la Libye était entrée dans un jeu fratricide entre les fidèles du pouvoir et les opposants. Le problème, c’est le contexte.
Un pays en guerre est une zone d’ombre, un rideau de fumée à travers laquelle ici ou là, l’information parvient à filtrer, difficilement de façon objective. Mais aujourd’hui, plus de deux ans après les faits, la question se pose : quelle était véritablement la situation en Libye ? Des exécutions sommaires ordonnées par Khadafi ou exécutées par ses troupes, d’accord. Et en face ? Y avait-il déjà dans la masse des insurgés un nombre non négligeable d’étrangers, de ces intégristes que l’on retrouve aujourd’hui dans les rangs syriens ? Lorsque Kadhafi accuse Al-Qaida de participer à sa chute, à quel point est-il potentiellement dans le vrai ? Enfin, dans quelle mesure la guerre civile libyenne est-elle une guerre tribale plus qu’une révolution à proprement parler ?
Et le problème majeur dans ce contexte, c’est que l’intervention internationale qui a achevé de détruire Kadhafi et son régime était une opération pour laquelle manquait l’aval de l’ex-bloc de l’est (Russie et Chine en particulier) mais également dirigée en grande partie par la France, c’est-à-dire sans la présence qui paraît pourtant essentielle dans de telles conditions de pays arabes majeurs, les premiers concernés.

 

D’où une deuxième grande honte française, double celle-ci.
D’une part, la position ambiguë et traître de Nicolas Sarkozy, largement compromis avec Kadhafi. Ce dernier le finançait grassement pour sa campagne présidentielle de 2007, divers contrats et accords étaient établis en sous-main en même temps que se réglait la question des infirmières bulgares et pour célébrer tout cela, Mouammar Kadhafi était invité en grande pompe à l’Elysée. Décembre 2007 : poignée de main chaleureuse entre Sarkozy et Kadhafi. Septembre 2011 : Sarkozy à Tripoli célèbre la fin d’un règne et la mort d’un homme. La définition française du terme « morale »…
D’autre part, la seconde honte française, c’est le maître de guerre de Sarkozy. Le fou furieux en chemise blanche qui se prétend philosophe, son troisième métier après celui d’égocentrique et de chef militaire, j’ai nommé Bernard-Henri Lévy. En plus d’être un crétin notoire adepte du botulisme, BHL est l’un des rares philosophes sanguinaires au monde, adepte des guerres. Insatisfait du Kosovo, il courrait après une chance quelconque d’interventionnisme débilitant et trouva – enfin ! – à satisfaire ses pulsions entre les mains ensanglantées de Kadhafi et l’oreille attentive de Sarkozy. Tout ça pour quoi ? Plus qu’autre chose pour un film, « Le serment de Tobrouk« , sombre fresque (frasque ?) mégalomaniaque où l’on en apprend plus sur le nombre de boutons qu’il faut défaire à son col de chemise plutôt que sur la situation en Libye. En tout cas, aucun regret ne point sur sa pétarade et son appel aux armes.
On peut légitimement supposer qu’à la mort de BHL, ce n’est pas seulement un homme qu’on enterrera, c’est également une oeuvre (enfin « oeuvre », le mot est un peu fort… disons simplement « ses livres », ce sera plus honnête). Friedrich Nietzsche lui aussi aura poussé des appels aux armes mais, une fois les armes en main et les morts sous les yeux fera marche arrière. Faut-il alors se demander pourquoi ses oeuvres ont perduré ? Ah, oui, il ne portait pas de chemise débraillée (mais une grosse moustache, c’est tout comme)… et il avait des idées ! « On peut dire au désavantage de la guerre : elle abêtit des vainqueurs, rend méchant le vaincu. En faveur de la guerre : elle introduit la barbarie par les deux effets mentionnés, et rapproche ainsi de la nature ; elle est sommeil ou hivernage de la civilisation, l’homme en sort plus fort pour le bien comme pour le mal. » (Humain, trop humain)

 

2012 d’abord, 2013 à présent n’ont rien d’une nouvelle ère, mais bien plutôt d’une continuité.
Sarkozy et son gouvernement ont ridiculisé la France. Hollande et son gouvernement sont en lice pour faire pareil, ou pire, c’est selon.
Les armes brandies en Libye à peine retombées, et deux ans tout juste écoulés, voilà Hollande et son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius prêts à s’engager en Syrie, frétillants de façon ridicules, encore plus agités dans leur optique d’intervention que ne le sont les Américains.
Fabius pousse des cris, il pousse au crime, incapable semble-t-il de savoir se taire quand l’échiquier international semble dresser au prétexte de la guerre civile syrienne une seconde guerre froide, la Russie faisant rempart aux Etats-Unis sur leurs désirs militaristes. Et la France, elle, éructe. Elle glapit. Elle entonne les premières paroles de son hymne pour en oublier la suite : « Aux armes citoyens, formez les bataillons… » Et puis elle rentre dans sa niche, la queue entre les jambes : aucun os n’a été lancé. Et Serge Dassault n’a pas à fournir de nouveaux avions…
Et puis, de nouveau, le même problème, le contexte. Pour le cas syrien, bien sûr, mais pas uniquement. L’Egypte aussi, entre autres.
Et c’est un nouveau sentiment de honte pour la France. Pas une honte politique cette fois-ci, mais journalistique. Un manque de morale et d’honnêteté dans ce travail essentiel qu’est l’information, essentiel pour prétendre un seul instant que nous, les informés, soyons objectifs.
Les frères musulmans, depuis quelques mois, sont présentés par la presse comme un groupuscule paradoxal et fuyant, quelque chose d’assez insaisissable, d’abord mauvais puis bon, potentiellement dangereux puis décrété victime, sans raison. Et cela plus particulièrement dans le cas de l’Egypte donc. Or ce que la presse française nous transmet (Le Monde, Le Figaro, Libération, etc), pour peu que vous discutiez avec un Egyptien, cela prend très vite une autre tournure, bien différente, ou loin d’être acceptée ou discutée, la position des frères musulmans est réprouvée. Et la manipulation de nos médias mise en avant. Mais nous dit-on aussi, ils n’en sont pas coupables. Ce dont ils sont coupables, c’est d’accepter sans discussion les données fournies par Al Jazeera, d’avoir pris pour relais unique d’information la chaîne satellitaire du Qatar.
Or, le Qatar a des intérêts dans tout ce remue-ménage du Printemps arabe, et le plus évident d’entre eux est le même, comme toujours : le pognon.
L’argent, au prix de la désinformation, de l’information faussée, du mensonge. A commencer par différentes manifestations minimisées, par des heurts inventés ou amplifiés le temps d’un journal télévisé, etc. A posteriori, ces Egyptiens qui nous donnent un autre point de vue de ce qui nous est donné à voir comme de l’information, un point de vue local de ce qu’eux ont sous les yeux, eh bien ces Egyptiens rappellent les mots de Moubarak visitant Al Jazeera : « C’est donc de cette boîte d’allumettes que vient tout ce vacarme »…
Et ce qui s’applique à l’Egypte s’applique également à la Syrie, et de façon disproportionnée : non, l’information donnée n’est pas une information fiable dès l’instant où nos journalistes ne sont pas ceux qui l’ont vue, qui l’ont constatée.
La guerre civile syrienne qui, au contraire de celle en Libye, s’éternise, nous le prouve un peu plus à chaque jour qui passe, à mesure que l’information filtre, et que du recul est pris sur les évènements : le monde n’est ni blanc, ni noir ; il n’y a pas de bons et de méchants, ou du moins y a-t-il des méchants chez les bons, et des bons chez les méchants (encore faudrait-il savoir qui est quoi ?).
Tandis que les J.T. de 20h, sur TF1 ou France2 aux premiers jours de la guerre civile nous vantaient avec une naïveté crasse les mérites des troupes de l’armée syrienne libre en exhibant des gamins de 17 ans armés de kalachnikov (et c’est cela, la véritable honte des journalistes, ce tableau idyllique de gamins en armes), c’est avec un peu plus de mesure aujourd’hui – et de doutes surtout – que l’on parle de ce méli-mélo d’hommes en lutte contre le pouvoir de  Bachar el-Assad. Rebelles de la vingt-cinquième heure, opposants politiques, mercenaires en mal de combat, djihadiste incultes et étrangers en mal d’aventure parcourent aujourd’hui le territoire de la Syrie.
Le brillant article de l’ex-otage italien Domenico Quirico l’a remarquablement raconté : le rebelle politique d’un jour se transforme très facilement en rançonneur intégriste le lendemain. La guerre civile en Syrie prend des allures de lutte de cartels, chaque groupuscule rebelle (ou annoncé comme tel) combattant dans des intérêts propres, au point que Bachar el-Assad devient un problème secondaire…

Et donc, la France.
La France qui tente de faire croire, d’abord à son propre peuple et ensuite aux interlocuteurs internationaux que le jeu est clair et les cartes distribuées de face sur la table politique moyen-orientale, donc qu’une opération militaire est légitime en Syrie. Cela sans considérer le mic-mac rebelle, sans considérer la position actuelle d’el-Assad, sans considérer les enjeux qatari…
Lorsque Fabius propose d’intervenir, il propose à la France de commettre une bourde monstrueuse, d’aller au devant d’une action irréfléchie alors que les seuls pays véritablement à même de décréter la mise en place d’une opération, les Etats-Unis et la Russie (avec la Chine), se contentent d’un statu quo (guerre froide, quand tu nous tiens).
Si une intervention en Syrie a jamais pu être légitime, c’était dans les premiers mois, peut-être dans les premières semaines d’avril 2011, pas aujourd’hui. Là encore, discuter avec des habitants de pays voisins sera sans appel pour dresser un état des lieux : si la Syrie d’al-Assad tombe, c’est le Liban déjà abimé qui s’enflammera à son tour, c’est potentiellement la Jordanie qui suivra…
Honte donc, à notre ministre qui prône l’acte de guerre dans une situation bien trop trouble.

 

Et puis, dans toute cette ébullition arabe, voilà le grand Satan nucléaire qui réapparaît : l’Iran.
Du temps de son double mandat (2005-2013), combien de fois Mahmoud Ahmadinejad n’a-t-il pas été diabolisé, hissé au rang de fou furieux ou de menace mondiale !
Et voilà qu’à peine son successeur élu, Hassan Rohani, les discussions nucléaires s’ouvrent pour de bon, les dispositions à une entente cordiale font merveilleusement jour avec les Etats-Unis après plusieurs décennies de méfiance…

C’est oublier bien vite différents éléments géopolitiques. Tout d’abord qu’Ahmadinejad aura été, tout compte fait, un bon républicain : tandis que les médias occidentaux en faisaient un simili-dictateur, il s’est tenu à son mandat, élu à deux reprises et libérant le pouvoir.
Mieux, à de nombreuses reprises, Ahmadinejad a été un frein à différentes lois et suggestions émises par le guide suprême iranien, disciple de Khomeini, l’ayatollah Ali Khamenei, certaines de ces lois concernant notamment la position des femmes dans la société iranienne ou visant à une application plus stricte de la charia.
Contrairement à l’image que nos médias tenteraient un peu trop vite d’en faire, sous certains aspects Ahmadinejad a su être un laïque et surtout une figure forte du monde musulman sans pour autant en être la voix majeure. A cela une raison simple : contrairement à l’immense majorité des pays musulmans, en Iran on ne parle pas l’arabe, mais le perse.

Autre élément géopolitique majeur : Israël. Si Ahmadinejad a eu des propos violents a l’égard d’Israël, il n’a jamais appelé à la destruction du pays. Par contre, il a ouvertement contesté la légitimité de l’état israélien. Et, pour ce qui est du problème nucléaire, il a rappelé qu’Israël possédait la bombe, cela avec l’aval des grandes puissances, quand bien même cela n’est pas officiel.
Pour l’anecdote, un technicien nucléaire israélien ayant déclaré dans les années 1980 que le pays possédait quelques 200 têtes nucléaires a été condamné à 18 ans de prison pour espionnage et est interdit de contact avec des journalistes étrangers. Pour l’anecdote toujours, si votre chemin vous conduit aux abords du Néguev, quelque part sur la route entre Tel Aviv et Eilat (notamment) ou à proximité de Beer-Sheva, vous aurez l’occasion de croiser une succession de silos à missiles disposés ça et là. Puis vous verrez un panneau planté en bord de route indiquant « Pictures forbidden » où figure un appareil photo barré et, quelques centaines de mètres plus loin, un silo d’une taille au moins cinq fois supérieure aux précédents apparaîtra et, si vous vous trouvez dans un bus, peut-être un Israélien rigolard vous adressera un grand sourire en vous tapant sur l’épaule et en vous lâchant : « See ? We don’t have the bomb. » avant de partir d’un éclat de rire.
Et donc, ce que l’on accepte pour Israël en fermant les yeux est refusé à l’Iran quand cela est fait de façon publique. Logique, non ? Pire : Israël et les Etats-Unis sont allés jusqu’à saboter les programmes informatiques iraniens consacrés au nucléaire à l’aide d’un malware : Stuxnet.

Et puis, c’est tout simplement oublier – ou pire, nier – que l’Iran est l’un des plus grands pays de la péninsule arabique. Et que, ne serait-ce qu’à travers son histoire et sa culture, l’Iran a tant à nous enseigner.
Dépeindre l’Iran comme une nation diabolique, c’est renier le génie iranien, oublier que ce pays est l’un des principaux carrefours culturels entre l’Asie et l’Afrique, mais avec l’Europe également pour ce qui est des déplacements maritimes depuis le Moyen Age. A la façon de la mixité culturelle du sud espagnol (Cordoue, Séville,…) ou de la richesse pragoise où se côtoient synagogues et églises (catholique, protestante, orthodoxe), l’Iran est le pays d’Omar Khayyam, celui des Mille et une nuits où plane sans cesse l’ombre de la Chine, ou encore celui d’Asghar Farhadi (magistral Une séparation). Il est également celui de Marjane Satrapi et de son Persepolis qui nous rappellent au même titre que Farhadi une leçon essentielle : même si l’Iran est un pays où la censure existe et où le mot même de liberté reste parfois à conquérir, c’est un pays qui a énormément à nous raconter et nous, nous avons à l’écouter, à écouter son peuple.

 

La France n’a, heureusement, pas pris part (du moins pas directement – a priori) dans des actions telles que le piratage Stuxnet.
Par contre, alors que viennent de s’ouvrir des discussions successives autour du développement nucléaire en Iran, la France a largement été pointée du doigt comme étant responsable des échecs des premières rencontres, cela par la faute du même ministre, Fabius.
A croire que nous cherchons politiquement à nous enfoncer un peu plus, à ridiculiser la position de notre pays, à agir de façon grotesque sur la scène internationale. Et ce à plus forte raison si c’est avec un pays majoritairement musulman. Honte au gouvernement Hollande et aux simagrées de Fabius.

 

Mais allons plus loin encore, avant de conclure.
Quelque soit le pays occidental, et en premier lieu la France, faut-il donc croire qu’aucun de nos gouvernants n’a été en réalité formé à gouverner ? Une référence pourtant revient régulièrement dès qu’il s’agit de politique internationale et d’évolution du monde depuis la fin de la guerre froide (1991 pour la fin de l’URSS) : Samuel Huntington et son livre Le choc des civilisations. Il y a beaucoup à en dire, et beaucoup de critiques à en faire. Mais Le choc des civilisations reste un essai d’analyse internationale majeur qui prévoyait déjà en toutes lettres les aléas que connaissent aujourd’hui les pays arabes embarqués dans les suites du Printemps arabe.
Le problème, c’est que ce livre date de 1996 et qu’Huntington est mort en 2008. Le problème c’est que ce livre est présenté comme une référence sur les bancs des écoles où une grande partie de nos politiques actuels sont supposés avoir assis leurs culs : l’ENA, Sciences Po, etc. Alors quoi ? Sont-ils incompétents, mal conseillés ou tout simplement cons ?
Les propositions politiques d’Alliot-Marie et de Fabius vis-à-vis des pays arabes, le va-t-en-guerre du gouvernement Sarkozy en Libye et l’appel à la guerre en Syrie du gouvernement Hollande sont des hontes pour une nation qui prétend être une « grande » nation. Pour une nation qui simplement demanderait à être respectée.
J’ai mal à la France.

Enfin, il y a ce grand Satan, ou quelque soit son nom, cet ennemi hérissé régulièrement, présenté comme un adversaire ou un danger potentiel. Peu importe qu’il s’appelle Cuba, Corée du nord, Iran, ou en temps de guerre froide, USA ou URSS (selon le bloc auquel on appartient).
Le grand Satan, c’est d’abord un prétexte.
Une façon de détourner l’attention du public. Un moyen pour le gouvernement et les médias d’avoir à disposition une marionnette que l’on agite dès l’instant où l’on veut que la population regarde ailleurs, vers un danger extérieur. Film assez moyen, Des hommes d’influence (De Niro et Hoffman à l’affiche) l’avait assez bien démontré par la fiction. Pour la pratique, on pourra regarder du côté des parties de jambes en l’air de Clinton, ou de l’envie soudaine de pétarades chez Sarkozy, ou plus simplement se demander pourquoi les frangins Castro sont toujours au pouvoir à Cuba alors que les Etats-Unis auraient pu les faire sauter depuis longtemps…
L’Iran a été, est toujours un prétexte.
Autoriser le nucléaire iranien, c’est mettre fin à ce prétexte. C’est admettre que le grand Satan n’existe pas, qu’il est une banale fabulation.

Lorsque Fabius, après son désir d’intervenir en Syrie et au nom de la France, porte la responsabilité de ne pas mettre fin à cette fabulation et de reconnaître l’Iran comme une nation souveraine, il prend le rôle d’un George W. Bush de pacotille, incapable de comprendre le monde ou ne souhaitant pas le reconnaître pour ce qu’il est.
Fabius : « Erhal ! »

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~ par Zegatt sur 15 novembre, 2013.

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