Tour d’horizon annuel !

Les habitués le savent, qui dit Premier janvier dit bilan de ce que j’ai pu lire ou voir dans l’année.
Au compteur, 115 livres, 225 films et 33 séries (enfin, 33 saisons plutôt).

 

Parmi ces dernières, à retenir, entre autres :

– « Breaking Bad », avec la saison 5. Si je ne considère pas cette série comme un véritable coup de génie comme beaucoup de sites ou de journaux l’ont fait, il faut reconnaître que sur les 5 saisons, au moins 3 sont assez géniales (la 4 restant pour moi la meilleure). Dans le cas de la cinquième, le rythme de la première moitié des épisodes a été loin de me convaincre, mais a été largement rattrapé par un final où, chose assez rare dans une série américaine, aucun personnage n’a été épargné.

– « Hatufim », série israélienne dont « Homeland » est la resucée. Et « Homeland », il me semble l’avoir déjà dit ici, est pour moi une infâme merde (au même titre que « Hannibal » ou « The Following », dont on a fait grand foin également). Alors que l’originale, « Hatufim », est un véritable coup de génie. C’est complexe, lent, tendu, il y a une réelle progression de l’intrigue et des rapports humains (et pas une répétition perpétuelle comme le fait la version américaine pitoyable). 2 saisons pour l’instant, toujours en cours.

– « The Killing ». Sans être grandiose, c’est plus qu’efficace. Une intrigue criminelle un peu longue (entre 3 et 5 épisodes de trop sur les deux premières saisons, la troisième que je n’ai pas encore vue fonctionnant indépendamment), mais une plongée documentée et réaliste dans la vie politique et policière de Seattle.

– Juste entamés, « Les Soprano ». En quelques années, le ton a déjà pris un coup de vieux, mais cela reste une référence télévisuelle ; je retiens en particulier la première saison, la seconde m’ayant moins convaincue (la suite attend).

– « Le trône de fer », toujours aussi grandiose. Ici ou là, les spectateurs s’impatientent face à un rythme qui décroît et à une surenchère morbide stoppée nette. Visiblement, ils n’ont pas compris que l’univers George R. R. Martin est shakespearien et qu’il demande du temps pour être mis en place. A trop regarder « Le seigneur des anneaux » de Peter Jackson, on en oublie bien vite que le livre de Tolkien, s’il a marqué autant de lecteurs est d’abord un univers établi page après page, et pas le scénario d’un film d’action !

– J’ai enfin vu « Twin Peaks » ! Tandis que je fuis Lynch comme la peste depuis « Mulholland Drive », son univers délirant et haut en couleurs a fonctionné du feu de dieu pour cette série, du moins jusqu’à la moitié de la seconde saison. La suite m’ayant moins convaincu, ainsi que le final un peu trop simple après cette débâcle d’éléments délirants… Une très chouette découverte en tout cas (Merci Gwenola !).

– Le final de « Treme » par David Simon. Le bonhomme avait déjà fait valoir son génie avec « The Wire » (dont j’ai également vu les saisons 3, 4 et 5 cette année), et sa vision de la Nouvelle Orléans est de la même veine que celle de Baltimore, du très très grand niveau. Personnages attachants, très bonne musique, réflexion sociale de très haut vol, tour d’horizon urbain depuis les bars jusqu’aux hautes instances politiques en passant par le judiciaire et le monde du spectacle, à voir !

– Enfin, « What remains », mini-série policière anglaise. L’intrigue de base est d’une banalité confondante, mais le scénario arrive à partir de données vues et revues à proposer quelque chose de novateur où le spectateur est largement pris au dépourvu par rapport à ce que la série semblait proposer par son scénario initial.

 

Côté films, je sauve un peu moins du tiers du visionnage (ce qui n’est tout de même pas mal, toutes proportions gardées !) :

– Côté reportages et documentaires, un détour par Israël pour deux documentaires à voir : « Cinq caméras brisés » qui propose de rentrer dans le système des colonies israéliennes pour en comprendre les enjeux et surtout en suivre l’évolution en l’espace de quelques années, et du côté de l’espionnage israélien, un tour par le Shin Beth, les services secrets intérieurs, avec « The Gatekeepers », réflexion fascinante d’anciens chefs des services sur les gestions de crises et le grand écart de l’Etat dès lors que les accusés sont juifs ou musulmans, arabes ou israéliens…
Des portraits biographiques, de deux personnes qui n’ont rien à voir entre elles, mais qui méritent le détour, le « Moi, Tintin » consacré à Hergé, et le « Général Idi Amin Dada : Autoportrait » signé Barbet Schroeder, film fascinant sur le dirigeant dérangé et fascinant qu’était Amin Dada (qu’on a pu voir il y a quelques années incarné par Forest Whitaker de façon assez géniale dans « Le dernier roi d’Ecosse »).
Deux OVNI de Chris Marker, « Chats perchés » et « Sans soleil », qui méritent largement le détour.
Une autre bizarrerie, déjà aperçue mais regardée cette année : « Opération Lune », ou comment les images de Neil Armstrong sur la lune sont en fait un faux filmé en studio par Stanley Kubrick. Accrochez-vous, ça déménage et ça vaut son pesant de cacahuètes !
Un docu sur le net et le téléchargement, qui offre une plongée totale dans le système The Pirate Bay (plateforme de téléchargements de Torrent) et dans les déboires du Copyright, ça se trouve sur The Pirate ou sur YouTube et ça vaut la peine d’être visionné : « TPB AFK ». Sur les médias, le docu « Pas vu pas pris », qui éclaire pour beaucoup ce qui se passe quand on s’assied devant un poste de télévision allumé (et qui, du coup, donne envie de l’éteindre bien vite).
Musicalement, deux concerts où la musique autant que la réalisation méritent qu’on les regarde, le « Live in New York 2001 » de Bruce Springsteen et le « Diagnostic Live à Istanbul » d’Ibrahim Maalouf (trompettiste assez génial au passage, dont la musique vire aussi bien sur des airs complètement expérimentaux que vers des choses très épurées ou encore des rythmes modernes où les instruments se mélangent allègrement).
Enfin, dans un tout autre style, « Polluting Paradise » sur la pollution en Turquie (merci Esteban pour m’avoir amené à le voir !) ; le fascinant portrait de Sixto Rodriguez, artiste oublié, et de la censure en Afrique du Sud sous l’apartheid dans « Sugar Man » ; et le détour campagnard français de « Tous au Larzac ».

– Dans le cinéma français, je retiendrais, dans le désordre, des classiques à commencer par « L’année des méduses » avec Bernard Giraudeau ;  « L’aveu » de Costa-Gavras, avec Montand et Signoret (merci Dark pour le conseil !). L’un des derniers Bourvil, avec Alain Delon et filmé par Melville, « Le cercle rouge ».
Un film comique français de Pierre Tchernia avec Serrault, « La gueule de l’autre » (merci Josette pour l’idée !). Ca a vieilli, mais ça reste efficace !
« Alyah », semi-film de mafia qui jongle avec les genres pour un résultat ponctué de défauts mais marquant.
L’un des rares films de guerre (39-45, encore et toujours) qui vaille le détour, « L’armée du crime » avec les performances notables d’Abkarian et de Ledoyen.
Un inclassable, « Sans arme ni haine ni violence » avec un rôle d’exception pour Jean-Paul Rouve (qui est également réalisateur).
Un faux polar, « Le couperet » avec, chose qui n’est pas commune, José Garcia dans un rôle dramatique (et on aimerait le revoir plus souvent dans ce rôle, parce que son jeu est franchement efficace !).

– Fiction anglo-américaine, un passage par quelques films de Sean Penn, et plus particulièrement les performances de David Morse et Viggo Mortensen dans « The Indian Runner », et celle de Jack Nicholson (sans compter un scénar superbement ficelé) pour « The Pledge ».
« The place beyond the pines », dont la narration en deux temps est diablement efficace, malgré une histoire finalement trop banale une fois la seconde partie atteinte.
Un film politique, sur la campagne McCain/Palin avec Ed Harris et Julianne Moore (tous deux brillants), « Game Change ».
Deux comédies dans des genres complètement différents, « Top Secret ! », avalanche d’absurde (merci Dark !) et « I love you Phillip Morris » (l’un des plus grands rôles de Jim Carrey).
Tarantino, au meilleur de sa forme, bien meilleur que ses derniers « Boulevard de la mort » et « Inglorious Basterds », son remake de « Django » (qui du reste n’a rien à voir avec l’original, à l’exception du générique), « Django Unchained », performances magistrales de Foxx, Waltz, DiCaprio et Jackson en prime (merci Jan pour la critique croisée après visionnage).
Je l’avais raté jusqu’ici, « Las Vegas Parano », l’incontournable de Terry Gilliam (merci Peace de m’avoir forcé la main !).
Sans être exceptionnels, des films qui méritent le détour, « Flight » de Zemeckis avec Denzel Washington, et « End of Watch » qui propose un véritable pari de réalisation, pari qui fonctionne largement.
Un vieux classique que je n’avais pas encore visionné jusque-là : « La grande évasion ». Autre vieux classique : « Devine qui vient dîner ? », le film de référence de la blaxploitation américaine, qui n’a pas vieilli plus que cela (le talent de Sidney Poitier y joue pour beaucoup). Autre classique, dans un tout autre genre, « The Breakfast Club », un face-à-face entre adolescents très pertinent.
L’un des films à la narration encore classique de Gus Van Sant (avant sa série plus personnelle et aux qualités plus discutables, « Gerry », « Last days » et autres…), « A la rencontre de Forrester », l’un des grands rôles de Sean Connery avant sa retraite.
Un film sportif spécifiquement américain (et donc ignoré par de nombreuses salles françaises malgré la présence de Brad Pitt) : « Moneyball – Le stratège », qui nous introduit dans l’univers du baseball, très convaincant.
La perle rare américaine de l’année : « Zero Dark Thirty » (merci Jan pour le chassé-croisé, une fois de plus !), ou la confirmation de l’intelligence de Kathryn Bigelow comme réalisatrice après le fascinant « Démineurs », la traque de Ben Laden revue et corrigée, jouant de main de maître avec les poncifs du genre pour les détourner, réinventer le film d’action/espionnage en prenant un risque magistral sur la gestion du temps (narration en accélérée conclue par du temps réel, scènes habituellement filmées en quelques secondes étendues à plusieurs minutes). Du très grand septième art.

– Pour le reste de la fiction, pas mal de films de Nicolas Winding Refn. « Drive » ne m’avait pas marqué l’année dernière. Par contre, la trilogie originale qui a dévoilé Winding Refn, « Pusher », est un pur bijou. Si le premier est efficace, sans plus, le second puis le troisième film justifient largement les bases initiales et l’ensemble des trois fait l’effet d’une bonne claque dans la gueule. De la même façon, j’ai trouvé son dernier film « Only God forgives » bien plus marquant que « Drive », malgré les critiques presse qui pour beaucoup ont hurlé au doublon…
De vieux classiques du Western de Sergio Leone qui manquaient à mon palmarès : « Il était une fois dans l’Ouest » et « Il était une fois la Révolution », deux bijoux, par la réalisation, la musique, le jeu d’acteurs et le scénario.
Autre film toujours avec Mads Mikkelsen (déjà présent dans la série des « Pusher » qui l’avait révélé), « La chasse » par Thomas Vinterberg, à qui l’on devait déjà « Festen ».
Le dernier Jodorowsky en date, « La Danza de la Realidad », voyage supplémentaire dans l’univers démentiel de Jodo, toujours intact malgré son absence des écrans depuis plusieurs années (merci Esteban et Carmen !).
Dans les autres films hispanisants, « La piel que habito » d’Almodovar, et dans un tout autre style, le « No » avec Gael Garcia Bernal qui prend le pari très risqué pour nous plonger dans le Chili de la fin de Pinochet d’être filmé avec une caméra d’époque, couleurs saturées et dimension 4/3 à la clé… et ça marche !
La chose n’est pas commune, un film saoudien, « Wadjda », qui au même titre que les films iraniens de Asghar Farhadi, rappelle que le Moyen Orient a des choses à nous raconter, malgré le fait que notre industrie cinématographique fasse largement l’impasse dessus…
Deux films du canadien Denis Villeneuve à qui l’on doit le brillant « Incendies », « Polytechnique », qui reprend le principe du « Elephant » de Gus Van Sant (une tuerie dans un établissement) avec une approche différente, épurée et, à mon sens, plus efficace ; également de lui, « Prisoners », encore en salle il y a peu, avec Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal, qui le confirment comme un réalisateur à surveiller de très près.
Une bizarrerie narrative australienne, « Le chasseur » avec Willem Dafoe, film étrange, par moments assez onirique alors qu’il se veut réaliste la plupart du temps, mélange de tons et genre inclassable en prime…
Et canadien toujours, dans un tout autre style, la comédie à mourir de rire « Starbuck ».
Un tour africain entre le polar « Viva Riva ! » et le film de guerre vu à travers des yeux d’enfants soldats « Rebelle », deux images marquantes de la violence africaine traitées par l’Afrique (et pas à travers les yeux européens ou hollywoodiens). Le résultat change des habitudes et offre une intimité inhabituelle où, enfin, l’homme blanc n’a plus à tenir le devant de la scène (je pense notamment au « Blood Diamond » de Zwick, bon film au demeurant, mais tellement occidentalisé…!).
Autre provenance inhabituelle, un film géorgien qui mérite le détour, « Keep smiling », un concours de beauté revu et corrigé en critique sociale.
Le plus grand film de sous-marin de tous les temps, par Wolfgang Petersen, « Das Boot » – véritable coup de génie dans sa narration et dans sa réalisation (les scènes d’alerte filmées à travers le u-boot en travelling continu sont de grands moments du cinéma), merci Michel-Ange pour cette suggestion !

– En science-fiction et autres univers parallèles à toutes les sauces, bien meilleur que le ramassis annuel répétitif de superhéros de chez Marvel, l’adaptation de « Hellboy ». Manque de bol, comme pour « Iron Man », si le premier sort du lot, le second renoue avec un classicisme de genre vomitif.
Frôlant le film d’horreur, « L’échelle de Jacob » qui propose un univers haut en couleurs.
Un bon Soderbergh (et pourtant il a aligné de sacrés daubes ces derniers temps à force de vouloir produire du film à tout va) qui pour le coup se risque au film d’épidémie : « Contagion ».
« Another Earth », de la science-fiction plus suggestive qu’autre chose, tout en sobriété, à voir !
« Chronicle » qui joue avec le genre et, malgré un final classique, s’inscrit de façon évidente à contre-courant de la S-F classique.
Enfin, un film espagnol revisitant les heures franquistes, « Insensibles » (de très loin meilleur que « Le labyrinthe de Pan » dont on a pourtant fait tout un foin…).

– En dessins animés, un des derniers classiques des studios Disney avant le passage à la 3D, « Mulan ».
Un travail français assez génial qui aura de quoi plaire à petits et grands : « Erneste et Célestine ».

– Dans la série jeregardedesdaubesetj’aimeça, deux pseudo-nanars qui valent le détour : « Blacula, le vampire noir », film américain incontournable de la blaxploitation. On se marre un bon coup devant et du point de vue de la réalisation, ça n’a clairement aucun intérêt.
Et dans un autre style, « Hitler – Dead or alive » (évoqué par Tarantino brièvement), nanar de propagande datant de la seconde guerre mondiale. Répliques ratées, final aberrant (Hitler se fait raser la moustache !), ça mérite le détour.

 

Enfin, parmi les livres refermés au cours de l’année :
– Des détours mythologiques à toutes les sauces, à commencer par les trois monothéismes : les « Inspirés » de la Bible dans la traduction de Chouraqui, et le Coran par Jacques Berque.
Quelques textes reprouvés par l’Eglise, et plus particulièrement les évangiles apocryphes de Philippe, Marie et Judas (qui proposent une vision bien différente du Christ que ce qui est habituellement retenu).
Un passage par le tout premier monothéisme, le zoroastrisme, avec « Les Gathas » traduits par Pardis.
Du côté perse, les traductions de René Khawam pour la première partie des « Mille et une nuits », « Les aventures de Sindbad le Marin » et « Le roman d’Aladin » (qui n’ont jamais fait partie des « Mille et une nuits », contrairement à ce qu’on suppose le plus souvent).
Côté grec, « L’Iliade » d’Homère que je n’avais encore jamais ouvert (« L’Odyssée » est lue depuis longtemps) traduit par Frédéric Mugler.

– Dans le prolongement de certains de ces textes mythologiques, la réécriture de l’autre monde par Dante à travers les deux derniers volets de « La Divine Comédie » : « Le Purgatoire » et « Le Paradis » (traduits par Jacqueline Risset).
Dans un tout autre genre, Nostradamus et les célèbres « Prophéties » (lues sous une approche historique, le paysage des jeux politiques de l’Europe moderne est fascinant).
Enfin, William Blake, toujours, cette fois avec « Le mariage du ciel et de l’enfer » dans une traduction de très bonne qualité (la chose est rare !) par Jean-Yves Lacroix (à lire, ainsi que les traductions de ce même texte par Alain Suied ou Pierre Leyris).

– Il m’avait résisté jusqu’ici, le voilà bouclé, « Le seigneur des anneaux » de Tolkien : « Les deux tours » et « Le retour du roi », qui m’ont bien plus embarqué que « La communauté de l’anneau » dans laquelle les chansons elfes finissaient par me rendre fou…

– Toute une série de poètes, des classiques que sont les « Alcools » d’Apollinaire ou Rimbaud, auquel je suis définitivement hermétique, exceptions faites des « Illuminations » et des poésies datées de 1870-1871.
Plus récent, « Le marteau sans maître » de René Char, vers lequel je reviens de plus en plus, sans entrer véritablement en fascination comme cela a pu être le cas pour Baudelaire, mais pour qui le sens de la phrase arrive à capter le lecteur et l’accrocher…
Côté espagnol, retour dans le temps, avec « Les furies et les peines » de Francisco de Quevedo, dont le verbe frappe toujours malgré les siècles.
Enfin, en langue espagnole mais de l’autre côté de l’Atlantique, Jorge Luis Borges, dans la traduction de Nestor Ibarra.

– Borges d’ailleurs que j’ai feuilleté dans tous les sens cette année, retenant au passage « L’Aleph », ses « Enquêtes » aussi bien que des réflexions avec Osvaldo Ferrari (« Nouveaux dialogues ») ou avec Georges Charbonnier (« Entretiens »).
Grand admirateur de Borges, même s’il s’agit pour le coup d’essais et non  pas de fiction, les livres d’Umberto Eco « De la littérature » et le récent « Confessions d’un jeune romancier ».
« L’oranger » de Carlos Fuentes, succession de nouvelles assez inégales, mais dont la moitié au moins sont percutantes, essentielles même à la réécriture contemporaine du Mexique, dans la lignée directe d’un Octavio Paz.
Les « Nouvelles histoires extraordinaires » d’Edgar Allan Poe dans la traduction de Charles Baudelaire, aussi magistrales pour la majorité que la première partie.
Stefan Zweig dont les nouvelles me paraissent parfois surévaluées tout en admirant ses biographies et essais, cette fois pour la première partie de sa « Correspondance 1897-1919 », qui dévoile un personnage fascinant, arriviste par moments, humain et préoccupé à d’autres, et souvent visionnaire sur ce que l’Europe allait devenir au cours du XXe siècle.
Classique français s’il en est, dont il avait été question il y a quelques années à la terrasse d’un bar parisien avec un inconnu (un ami d’un membre du Café Salé – si vous me le retrouvez, merci à lui pour la conversation et les suggestions !) : « Le comte de Monte-Cristo » par Alexandre Dumas, texte de très haute volée, à des kilomètres de distance de « Les trois mousquetaires », les dépassant par sa finesse, son style et la richesse des personnages comme celles des situations évoquées (avec en arrière-fond un paysage de la fin de Napoléon Bonaparte et des années qui ont suivi).
Autre grand classique, la première partie de « L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche » de Cervantès. Si quelques chapitres ont vieilli avec le temps, la majeure partie du livre reste diablement efficace, perpétuellement renouvelé, jouant avec les genres et se moquant allègrement des conventions littéraires (dont une bonne partie sévissent encore aujourd’hui).
Enfin, c’était le centenaire de sa naissance cette année, Albert Camus, avec « Actuelles II – Chroniques 1948-1953 » que j’avais zappé jusque là, et surtout l’édition des articles de presse rédigés par Camus (ou attribués à celui-ci – ayant pratiquement lu la totalité de Camus, j’ai un doute quant à deux articles hypothétiques, avril 1944 et 23 décembre 1944) pour le journal Combat. Bientôt 70 ans plus tard, la majeure partie des réflexions restent d’actualité, et il y a quelque chose de glaçant à penser que, des espoirs émis alors que la guerre finissait et dans les années qui ont suivi, espoirs relatifs à la condition humaine, à la gestion des ressources, à la liberté des médias (et à leurs devoirs) ou encore au fonctionnement politique, peu ont été réalisés et tant restent à repenser…

– En vrac, du côté philo, « La République » de Platon finalement bouclée, qui reste à juste titre une pièce maîtresse de la pensée.
Dans un tout autre genre, et toujours aussi fascinant, Friedrich Nietzsche, pour un inachevé « Le livre du philosophe » et un classique (mais loin d’être l’une de ses réflexions les plus percutantes) « La généalogie de la morale ».
Avec une pensée émue pour les déboires de BHL, quelques pages d’un philosophe redécouvert récemment (alors qu’il était jusque là mystérieusement ignoré), Jean-Baptiste Botul (fondateur de la pensée dite « botulisme »), avec « Landru, précurseur du féminisme » (amusant, mais sans plus) et « Nietzsche et le démon de midi » (un grand moment d’ironie et, malgré tout, de réflexion).

– Différents ouvrages historiques, biographies et autres essais, à commencer par le dernier morceau des réflexions artistiques de Jurgis Baltrusaitis (hélas le moins percutant de l’ensemble), « Les perspectives dépravées 2 – Anamorphoses ».
Réflexions artistiques toujours et déjà feuilleté dans tous les sens mais enfin lu cette année de A à Z, « L’Art séquentiel » de Will Eisner, ouvrage clé à propos de la Bande Dessinée.
Une biographie, « Hergé, fils de Tintin » par Benoît Peeters dont je lisais les toutes dernières pages il y a précisément un an. Et toujours dans l’univers du reporter belge à la houpette, « Tintin et moi – Entretiens avec Hergé » par Numa Sadoul dans son édition originale (ouvrage de référence sur Tintin).
Biographie assez magique par son style (l’auteur étant également romancier, cela participe), « Ernesto Guevara connu aussi comme le Che » par Paco Ignacio Taibo II.
Réflexion littéraire et biographie tout à la fois, le brillant « Lautréamont » signé Marcelin Pleynet.
Réflexions littéraires toujours avec « Les Cervantiades » de Juan Goytisolo (merci Jeanne-Monique pour la découverte).
Psychologie, Jung toujours aussi brillant dans ce court inédit récemment édité : « La structure de l’âme ».
Un tour d’horizon de la mythologie égyptienne et de son fonctionnement avec « Les dieux de l’Egypte – L’un et le multiple » par Erik Hornung.
Anthropologie, deux ouvrages complètement distants mais tout aussi fascinants par ce qu’ils proposent : « Les mots, la mort, les sorts » par Jeanne Favret-Saada, plongée dans la sorcellerie et les rapports sociaux qui en découlent (mais également la façon dont la presse l’évoque et les jeux de rapport humain impliqués), et « Genèse des musiques d’Amérique latine » par Carmen Bernand, voyage de quelques cinq siècles dans l’évolution du monde latino-américain à travers ses sons, et les influences croisées indiennes, africaines, européennes…

– Enfin, cette année 2013 aura été particulièrement marquée par des polars, et cela grâce à deux personnes, Stéphane Bourgoin qui aura été de très bon conseil le temps de quelques discussions, et brièvement croisé (et surtout lu !), François Guérif, ancien compère du premier et directeur des éditions Rivages Noir (probablement la meilleure maison d’édition de polars, suivie par les éditions Points et Folio) qui publiait « Du polar – Entretiens avec Philippe Blanchet », une série d’échanges revenant sur son parcours, sa conception du polar et ses différentes anecdotes (tour d’horizon fascinant de ce petit monde à la fois du point de vue littéraire et éditorial). Entre les discussions avec le premier et la lecture du second, je leur dois de nombreuses découvertes faites cette année…
A commencer par de vieux classiques : « Le facteur sonne toujours deux fois » de James Mallahan Cain ou encore « La mort viendra, petite » de Jim Thompson (le titre français ne rend pas justice au livre). Egalement un vieux classique brillamment adapté par Hitchcock, le « Psychose » de Robert Bloch, enfin lu (Bourgoin en vante suffisamment régulièrement les mérites – du film comme du bouquin).
Autrement, des découvertes françaises (le bon polar français étant quelque chose d’extrêmement rare vu que la majorité des auteurs mis en avant font du polar à l’américaine improbable et s’inspirent de Stephen King sans comprendre seulement ce que c’est qu’une enquête policière ou une simple intrigue) : « Mygale » de Thierry Jonquet (à l’origine du film de Almodovar dont je parlais plus haut, « La piel que habito »). Egalement un polar situé au Guatemala, « Orphelins de sang » de Patrick Bard (un brin facile ou caricatural par instants, mais assez réaliste pour être efficace). Ailleurs, de Jean-Patrick Manchette, l’inachevé « La princesse du sang » et surtout « La position du tireur couché », polars qui valent avant tout par leur ambiance (Manchette a également sévi pour le cinéma, et pour l’anecdote il est au générique du dessin animé « Les maîtres du temps » sur lequel a travaillé Moebius… « Que l’antimatière me patafiole ! Mais qui sont ces mirontons-là ? », cette perle du dialogue, elle est signée Manchette).
Lu ailleurs pour sa biographie de Guevara, Paco Ignacio Taibo II encore une fois, avec deux petites perles « Adios Madrid » et « Même ville sous la pluie ».
Donald Westlake avec « Le couperet » (là encore, qui a donné le film du même nom de Costa-Gavras) et, au ton bien plus comique, « Pierre qui roule » (sorte d' »Ocean’s Eleven » avant l’heure).
Signé Elmore Leonard (décédé cette année), « Punch créole », qui entre les mains de Quentin Tarantino a donné « Jackie Brown ». Le côté noir américain du film est absent, mais les dialogues sont du même niveau. Le verbe a de la gueule, les tournures de phrases frappent fort et c’est un véritable régal à parcourir.
Enfin, là encore un auteur lié au cinéma, découvert suite au visionnage de « The Pledge », Friedrich Dürrenmatt, qui prend un véritable plaisir à contourner les codes du roman policier, à inverser les archétypes hérités d’Arthur Conan Doyle ou d’Agatha Christie, avec « La panne » et surtout celui qui inspirera Sean Penn pour son film, « La promesse – Requiem pour le roman policier », véritable jeu de genre poussant la mécanique du roman policier à l’envers pour la faire marcher malgré tout… une merveille.

 

Voilà pour le tableau annuel ; la fournée littéraire en particulier a été bonne, et 2014 s’ouvre déjà avec de chouettes bouquins dont les dernières pages attendent d’être tournées…
Bonne année à tous !

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~ par Zegatt sur 1 janvier, 2014.

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